Festival d’Aurillac : les vieux veilleurs éveillés
L’édition 2015 du festival du théâtre de rue d’Aurillac, fut ouverte par la compagnie Carabosse qui a éclairé la vieille ville de mille et un feux pour fêter les trente ans du festival et, in petto, la disparition de son fondateur, avec un spectacle titré « Veillées d’âmes »… On ne pouvait imaginer plus doux hommage à Michel Crespin, l’inventeur et créateur de ce festival et de bien d’autres choses. Ce père tutélaire du théâtre de rue, cet apôtre laïc du théâtre public, cet agitateur d’idées, ce manitou de l’espace urbain est mort l’an dernier.
Son successeur, Jean-Marie Songy, a voulu que cette édition du trentenaire réunisse dans sa programmation autant d’anciens piliers que de troupes plus récemment affirmées ou encore en devenir, sous le slogan déployé sur la façade de l’hôtel de ville le jour de l’inauguration : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Une belle édition, même si, de tous les projets fous que Songy et les artistes qui ont fait la légende d’Aurillac avaient concocté pour cette édition, seuls sont restés, finances obligent, celui de Carabosse (troupe créée en 1988, Deux-Sèvres) et celui des Plasticiens volants (troupe créée en 1976 et basée à Graulhet dans le Tarn), les autres étant mis en jachère comme celui de Royal de Luxe (troupe crée en 1989, Nantes) et quelques autres. Notons la présence toute particulière du Théâtre de l’unité, organisme d’utilité publique jamais à court d’idées depuis sa création en 1972, cette troupe pionnière du théâtre de rue est la patriarche des bandes d’hurluberlus présentes cette année à Aurillac, tout comme lors de la première édition.
Petit historique
Quatre ans après l’Unité, en 1976, naissait une drôle de compagnie, Les plasticiens volants. La troupe, non encore constituée comme telle, avait préparé le terrain au futur festival en venant se produire à Aurillac au milieu des années 70. Marc Mirales, son maître à rêver, son bidouilleur en chef, la tête toujours tournée vers le ciel et les engins volants, aime raconter cette scène comme qui dirait primitive. Cela se passait quelque part en banlieue parisienne au début des années 70. Mirales et Crespin (d’abord un artiste comme son successeur Songy) et leurs compagnons du Théatracide essayaient d’attirer le public en bricolant dans la rue ce que Crespin avait appelé du théâtre forain. « Ça marchait pas. Alors un jour j’ai eu l’idée de gonfler ma montgolfière. Et ils sont venus. En masse. » Crespin devait dire plus tard à Mirales: « ce jour-là j’ai compris ce qu’était l’espace public ».
Aujourd’hui, Aurillac est le plus grand festival de théâtre et d’arts de rue européen. Tout au long de l’année, se succèdent en résidence au « Parapluie » des compagnies de théâtre de rue qui se frottent au public. Une sorte de festival permanent dont profitent les habitants de la région., notamment avec les « Préalables » qui parcourent les villages du Cantal dans les semaines qui précèdent la manifestation.
Ne pas s’enfermer dans des codes, des normes, des règlements, des tempos. Maintenir une aventure « intranquille et pagailleuse », garder « le sens de la déraison et de la responsabilité » écrit, en pleine forme, Jean-Marie Songy dans son édito des trente ans. Derrière ses moustaches, Michel Crespin aurait applaudi à tout rompre les mots offensifs de son successeur.
Sources
Par Bluboux, sur des extraits du texte de Jean-Pierre Thibaudat, publié sur son blog Médiapart : http://bit.ly/1KMGR94



