
« Tumbleweeds, est le nom de ces boules végétales que l’on voit rouler dans le vent des films westerns », m’explique Jean-Francis, « je pensais en être un, comme beaucoup d’autres États-Uniens : … sans racines ».
Séduite par le restaurant « prix-libre » sur la place du marché, je croyais aller à Rouffignac (Dordogne, 1 600 habitants) pour faire une petite interview et vous présenter son local, mais voilà, c’est comme ça que je me trouve à virevolter sur la sphère terrestre, à enjamber les époques, à bouger de civilisation, entre gens de conditions très différentes. Jean-Francis, d’anecdotes en faits historiques, aime transmettre généreusement son riche vécu et tant d’autres choses.
Le local de Jean-Francis est l’ancien magasin de tissus qui lui a été transmis par la moitié française de ses ancêtres ; il voulait le transformer en restaurant, il n’a pas obtenu le prêt auprès des banques mais, de cette impasse, il a fait naître un bijou. Dans ce lieu improbable il y a beaucoup de lumière, d’objets, de personnes de langues différentes, de parfums, de thés, d’épices, de mets aux couleurs vives, de musique, les musiciens pas loin et Jean-Francis qui cuisine dans la salle, devant nous, dans des magnifiques poteries fabriquées par ses amis Colombiens et précolombiens à la fois : los indigenas Kogui.
En fait ce sont eux le moteur, c’est leur cause qui bat dans le cœur du bonhomme ; depuis des années par le biais d’une sorte de commerce équitable et solidaire « fait maison », il vend leurs poteries ; pour les vendre (et montrer aux occidentaux obtus qu’on peut vraiment faire cuire de truc dedans), le dimanche, jour de marché, il se mettait à faire mijoter devant son local les invendus des étals et quelques autres bricoles. Heureusement cette soupe délicieuse, il ne la jetait pas, il la partageait avec les passants ; puis les falafels ont sauté dans le menu, et de houmous en baba ganoush les dégustateurs étaient de plus en plus nombreux, le lieu est devenu un repère de socialité qui aujourd’hui s’est transféré du trottoir à l’intérieur du local. Un pot commun permet à l’aventure de se perpétuer et à chacun de la découvrir chaque dimanche. Merci donc aux banques, aux occidentaux obtus et plus sincèrement à Jean Francis qui est venu se planter sur la terre de ses ancêtres pour relayer la tradition d’une société-racine gardienne de l’équilibre de la planète. C’est ainsi que les Kogui se revendiquent. L’association qui permet à tout ceci de prendre forme s’appelle « d’amis en amis », rue de la halle, 24 580 Rouffignac. Bientôt un crowdfunding sera organisé pour la soutenir. Je vous en donnerai des nouvelles. D’ailleurs, au resto, qui fait la vaisselle?
KT




