
Tous les ans une poignée d’irréductibles créateurs et animateurs de médias se réunissent pour partager leurs occupations et préoccupations d’informer librement. Cette année, la 7ème rencontre des médias libres et de résistance s’est déroulée à Clermont-Ferrand, du 11 au 14 octobre. J’y suis passé pour représenter La trousse.
Trois mots de contexte
Dans le paysage médiatique national et local il y a quelques ovnis qui gravitent hors de la constellation des mass medias. Une soixantaine d’entre eux est réunie dans un collectif informel : la Commission Permanente des Médias Libres (CPML). Le point commun dans leur diversité de ces médias est de n’assujettir leur point de vue à aucune puissance d’argent ou dogmatique. L’humble journal que vous tenez dans vos mains en est un des membres aux côtés de titres bien plus prestigieux comme Reporter, Fakir, L’âge de faire, Silence… Pour n’en citer que quelques-uns… Le but de la Coordination est de partager les expériences et tisser des solidarités. L’administration de cette organisme informel est géré par Eloïse Lebourg, présidente de l’association Rencontres médiatiques et journaliste pour Hexagones.fr, en charge des relations internes et externes, et Grégoire Souchay, journaliste pigiste pour Friture Mag et Reporterre.net, en charge de la gestion du site web, de son animation et de son développement.
Un arpentage urbain
Jusqu’à maintenant les rencontres se déroulaient chez nous – pourrait-on dire – au cinéma de Meymac. Une salle obscure pour une rencontre lumineuse ! L’endroit n’était pas très approprié. Cette année, le choix de la grande ville s’est doublé de celui de la dispersion des rencontres dans l’effervescence urbaine de la capitale auvergnate. Peut-on se rencontrer dans la dispersion ? La question se pose. Effectivement, en pratique, elle s’est posée à moi. Nonobstant cela, cette organisation nous a permis d’arpenter la ville par sa talvère, du squat à la maison de quartier (réhabilité) en passant par le cinéma d’art et d’essai Le rio, le café culturel Les augustes et l’immense librairie Les volcans dont la particularité est d’être gérée en Société Coopérative et Participative1. Chance, le soleil était avec nous, me détournant à l’envie – indiscipliné et libre que je suis moi aussi – pour la contemplation de la sombre et majestueuse cathédrale, pour un brin de flânerie au cœur d’une expo photos sur les migrations d’une esthétique troublante dans un cossu hôtel particulier, et pour du temps volé au temps d’une sieste dans une herbe particulièrement grasse à l’ombre de vivants piliers d’un parc urbain tiré au cordeau. Vous avez donc compris que je ne vous raconterai pas tout.
Des rencontres
C’est un peu l’objet de l’événement. Je vous fais ici un topo non exhaustif des autres médias croisés pendant le week-end. L’ancien : La galipote est un périodique auvergnat d’information critique, dont la périodicité n’est pas évidente à comprendre mais qui existe depuis 40 années ! Là, respect ! Particularité de ce journal : il est imprimé par ses soins. Les artisans de ce média se sont dotés d’une imprimerie. Là encore, respect ! Une maison d’édition est venue compléter le tableau pour l’édition et l’impression de livres. Le coût du numéro est de 6 € pour 60 pages. Il s’en vend entre 3000 et 4000 à chaque tirage… Un parmi les petits nouveaux : Les autres possibles est un magazine carto-graphique. Il se présente effectivement comme une carte IGN et se plie et se déplie de même. Un bien bel objet qu’ont créé Marie, Jeanne et Camille. Chaque mois que le magazine paraît, elles invitent un artiste local émergent à illustrer la cartographie selon le thème choisi. Il met en lumière les innovations durables et solidaires portées par les citoyens du territoire Loire-Atlantique… J’aurais aussi pu vous parler du Ravi, en rouge et noir, journal satirique et d’enquête en PACA. Un mensuel proche des luttes sociales. Un contre-pouvoir d’environ 1000 abonnés et 15 années d’existence qui dénonce et décrypte les enjeux des politiques locales.
Et pour finir et sans transition, la phrase retenue de ces quatre jours : « il faudrait que la conscience de la nécessité de bien manger invite aussi à la conscience de la même nécessité de bien se nourrir intellectuellement ». Et petit bonus, ce chiffre : 110 000 ans… C’est la durée totale cumulée de vues sur You tube en… un jour… Vertigineuse civilisation…
1- Après la liquidation judiciaire du groupe Chapitre, 12 ex salariés reprennent la Librairie Les Volcans sous forme de SCOP (Sociétés coopératives et participatives) en décidant de verser l’intégralité de leur indemnité de licenciement et droits au chômage.
Infos complémentaires : http://medias-libres.org
Philippe Van Assche




