
Le mois dernier, en contemplation devant un beau filtre planté de roseaux, supercherie contenue dans le mot « phyto-épuration » : dans la « phyto » ce ne sont pas les plantes qui nettoient les eaux domestiques. Ce sont des bactéries, des amibes, des microbes nichés entre leurs racines. Or donc, si ce ne sont en fait ces microbes qui nettoient, pas les plantes, il y a peutêtre encore d’autres façons de créer un milieu aéré convenant à leur activité ?
Depuis quelques années des mots comme « pédo-épuration » ou « tranchées filtrantes » ou encore « filtres à broyat » font leur apparition au banc d’essai des techniques d’assainissement écologique2. Étude après étude, elles font leurs preuves. Sont-elles pour autant légales ? Eh bien, non. Car l’assainissement autonome, comme son nom ne l’indique pas, obéit en France à des normes strictes…
L’agrément
Quand il n’est pas branché sur le réseau d’égout, l’assainissement individuel (jusqu’à 20 équivalents habitants) répond à une obligation de moyens. Qu’est-ce à dire ? Ici, c’est la nature du système qui prouve légalement son efficacité. Les services de l’État ne vérifient pas la qualité de l’eau à la sortie. La phyto-épuration répond ainsi depuis une dizaine d’années à une logique d’agrément, comme l’explique par
12 – la trousse corrézienne n °32
nous
découvrions
exemple le site du Low-tech Lab, auteur d’un tutoriel sur le sujet : « Si l’on souhaite passer en la filtres plantés chez soi il faut commander une étude et l’installation à une entreprise dont le système est protégé et a reçu un agrément ministériel. » Quatre entreprises en bénéficient : Aquatiris, Blueset, EpurNature et Jean Voisin, pour un total de neuf systèmes dont près de la moitié sont détenus par Aquatiris1. L’auto-construction ne reste donc possible qu’en demandant l’appui d’un accompagnateur agréé. Il ou elle « fera l’étude des sols, le dimensionnement, fournira les matériaux et les bons conseils nécessaires à une réalisation durable et performante ». Le recours aux entreprises ayant reçu des agréments fait finalement aujourd’hui partie de cette obligation de moyens. Crispant, pour ceusses qui cherchent la fameuse… autonomie !
Géométrie variable
L’agrément contient par ailleurs une anomalie : il ne tient pas compte de la nature des eaux traitées. Le Réseau de l’assainissement écologique plaide depuis plusieurs années auprès des services de l’État pour revoir les contraintes de dimensionnement des systèmes. En effet la taille des bassins d’assainissement est aujourd’hui définie légalement en fonction du nombre de pièces dans le bâtiment. On en déduit un nombre d’équivalents habitants, dits aussi EH. Or, cette règle ne tient pas compte du nombre réel d’habitants, ni de la consommation d’eau et pas non plus de la nature des rejets. Or
les toilettes sèches allègent fortement la charge, à la fois en matière organique, et en eau. Comme le rappelle le centre d’écologie pratique Terre vivante3 ou encore le pionnier Joseph Orzagh4, si vous optez pour des toilettes sèches, un filtre plus petit peut suffire. Débarrassées de la grosse commission et des petits papiers, les eaux usées sont alors réduites aux eaux ménagères, parfois mélangées aux urines. Elles sont beaucoup plus simples à traiter : il faut surtout s’assurer que l’azote et le phosphore vont nourrir des plantes et éviter de les laisser partir dans le ruisseau voisin.
Assainissement autonome ?
Comme l’explique Laurent, employé chez Aquatiris à Faux-la-Montagne, la phytoépuration est « vraiment » autonome par rapport aux systèmes avec fosses enterrées ou aux ministations d’épuration. Puisqu’elle ne consomme pas d’énergie, et que rien ne sort du terrain. Mais l’autonomie trouve ses limites dans le régime des agréments. Et puis il faut quand même importer des graviers, de la bâche étanche… Heureusement, des techniques encore plus vraiment autonomes arrivent avec la pédoépuration et les filtres à broyat de bois. On n’arrête pas le progrès !
1 https://bit.ly/3l8OgJs 2 fiches techniques à retrouver sur le site de l’Ecocentre Pierre et Terre : https://bit.ly/33uXYQk 3 https://bit.ly/34uUgWt
Marine Legrand





