
Les rideaux s’ouvrent sur la scène et les enfants exécutent les chorégraphies auxquelles eux et leurs professeurs travaillent depuis des mois. C’est une joyeuse cérémonie de fin d’année scolaire en Corrèze. La chaleur intense à l’extérieur a fait monter la température du gymnase très peu ventilé. La sueur coule, les vêtements collent et l’air humide semble s’épaissir. Mais le gros du public composé de familles, réussit à surmonter l’inconfort pour voir le spectacle.
Après la dernière chanson, les parents et les enfants se retrouvent et se rendent rapidement à l’extérieur pour prendre l’air, et se restaurer. Des boissons froides, des frites et des gâteaux faits maison sont prêts à être achetés. Les familles se hâtent et s’installent sur les tables pour profiter du repas et continuer à célébrer leurs enfants qui grandissent.
C’est là que les choses prennent une tournure étrange. « Va jouer sur le toboggan gonflable » dis-je à ma fille qui vient de finir son repas. Alors qu’elle s’approche de la montagne aux couleurs vives et se prépare à enlever ses chaussures pour grimper sur le plastique, un parent-surveillant me regarde avec insistance et lève un ticket. Il m’informe que je dois acheter un billet pour participer à notre propre fête. Il a l’air mal à l’aise, il m’apparaît clairement qu’il ressent le ridicule des mots prononcés. Mais comme le font la plupart d’entre nous, les « adultes responsables », lorsque nous nous trouvons confrontés aux nombreuses situations inconfortables du monde moderne, nous ne les affrontons tout simplement pas et faisons ce qu’on nous dit. Nous faisons ce qui est « normal » et permettons à la marchandisation du tout de s’interposer entre nous et nos semblables.
Je suis touché pour diverses raisons par cette expérience. La première étant que personnel-lement, j’ai depuis longtemps une mauvaise relation avec l’argent, parce que j’ai ressenti les effets réels de ne pas y avoir régulièrement accès. Je suis aussi surpris que la main de fer du marché se soit infiltrée dans une petite fête des écoles en Corrèze, exigeant que les enfants pratiquent « l’art de mendier ».
Au lieu d’une journée de divertissement dans le voisinage, des parents non préparés réalisent qu’ils se sont fait piéger dans un parc d’attractions payant auquel ils n’ont pas choisi d’aller. Ceux qui ont organisé l’événement, probablement avec de bonnes intentions, offrent une dernière leçon de capitalisme avant les vacances d’été.
JEAN L’ÉGALITÉ





