
La raison d’être de La Poste est définie ainsi : « Au service de tous, utile à chacun, La Poste, entreprise de proximité humaine et territoriale, développe les échanges et tisse des liens essentiels en contribuant aux biens communs de la société tout entière », avec « la politique sociale comme levier 1 . » Ah oui ?
Camille* habite une commune rurale du Limousin et me raconte les renouvellements de CDD (contrat à durée déterminée) d’un mois, ou peut-être une fois de deux mois, pendant neuf mois. Huit ou neuf renouvellements successifs donc. Très belle politique sociale. « J’ai fait plusieurs années de CDD dans d’autres secteurs, j’ai trouvé facilement la convention collective et on sait, au moins oralement, qu’on sera renouvelé ; à La Poste, on embauche, on ne sait pas pour combien de temps, on ne sait jamais si on sera renouvelé, on le sait le plus tard possible. » On peut l’apprendre le jour même du début du nouveau contrat, et certains sont amenés à travailler sans avoir signé de contrat car sinon cela désorganise toutes les tournées. Pour Camille l’entreprise est très hiérarchique : « Les responsables sont très contrôlés, ils sont là pour faire tampon. »
À La Poste, on commence en général comme « rouleur », c’est‐à‐dire sans tournée fixe et en CDD ou en apprentissage (premier recruteur en alternance de France). « Moi, je travaillais, pendant neuf mois, sur une tournée fixe qui est en vente. » « En vente ? » « Oui, on dit ça, mais il n’y a pas réellement d’achat, pas d’échange de monnaie. » Je comprends que cela signifie que le poste est vacant et que des facteurs en CDI (contrat à durée indéterminée) employés par La Poste peuvent, lors des mouvements de personnel, le demander. « On peut acheter une tournée » lorsqu’on a été un an « rouleur ». Ce vocabulaire, « vente » à la place de « vacant » donne à sentir une raison d’être où la monnaie est centrale. Les « liens essentiels » s’achètent : les facteurs, grâce à leur relation proche avec « leurs clients », tout usager du service postal étant un client potentiel, vendent des services diversifiés de proximité et sont, chaque année, évalués, en particulier sur leur chiffre de vente. Sans doute, pour évaluer leur contribution « aux biens communs de la société toute entière ».
Les CDD ne peuvent être renouvelés au-delà de neuf mois, donc à la fin, un CDI est proposé à Camille. Enfin ! Super, non ? Ben non, car c’est un CDI intérimaire. Il y a le CDI classique et le CDI intérimaire : l’employeur est une boîte d’intérim. La première mission donnée au salarié par la boîte d’intérim est à La Poste. Elle est nécessairement temporaire. Ensuite les missions seront chez un autre client de l’employeur 2 . Bref, Camille ne sera pas du tout en CDI de facteur. La Poste pratique un recrutement très précaire, en CDD, renouvelés pendant neuf mois. Puis propose un CDI. Intérimaire donc. Que certains acceptent pour avoir (un peu) de sécurité. Une petite garantie pour le salarié, permettant à La Poste de poursuivre ses réformes continues des tournées, avec un nombre croissant de points de dépôts mais sans licenciement sec 3 .
12 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 48
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*la p…
DOMINIQUE





