
Ou comment Tarantino va sauver le cinéma par Goulven
Quentin Tarantino(insérer 3 noms de films ici) a promis qu’après son 10e film, il rendrait les armes, par crainte de gâcher l’héritage offert aux générations futures. Mais l’engouement suscité est-il légitime ? Certainement, car avec Christopher Nolan, Tarantino fait partie des derniers réalisateurs internationaux (donc anglo-saxons…) à brasser les millions d’entrées tout en écrivant le scénario original de ses films.
Qu’est-ce qui définit un Tarantino ? L’intemporalité : si son univers est longtemps resté figé dans les années 90, évitant tout recours à la technologie comme accessoire de narration, depuis Inglourious Basterds, le réalisateur remonte le temps pour évoquer les périodes qui ont établi le mythe américain – Seconde Guerre mondiale, esclavage, western. Du neuf avec du vieux… que ce soit avec John Travolta ou Kurt Russell, il prend plaisir à réutiliser d’anciennes gloires, et ce avec brio.
Qu’en est-il du 9e film du maître de l’hommage/du plagiat (rayer la mention inutile) ?
Tarantino prend pour décor l’âge d’or d’Hollywood, avec une Los Angeles rajeunie à la perfection. DiCaprio est Rick Dalton, un acteur de TV flanqué d’un cascadeur, Cliff Booth (Brad Pitt), qui allie sex-appeal et arts martiaux, mais sert surtout de miroir déformant à Dalton, qui épanche ses larmes sur ses épaules dès l’introduction. Mais cette fragilité disparaît dès que la star sur le retour joue, que ce soit sur l’écran diégétique ou sur le plateau de tournage. Sans aucune modestie, Tarantino montre que le cinéma – et le réalisateur – transcende.
Le personnage de DiCaprio rappelle l’apparition de Travolta dans Pulp Fiction, dont on presse le jus pour obtenir une dernière représentation et l’empêcher de tomber dans l’oubli. Tarantino défend le cinéma depuis les coulisses, à l’image de Booth qui n’aura jamais les honneurs, réduit à son rôle de doublure dans cette fin où le réalisateur change encore une fois le sens de l’Histoire – après Inglourious Basterds. Ce conte mégalo, dont le titre « Il était une fois à Hollywood » n’est pas galvaudé, a finalement pour héros Tarantino lui-même, qui sauve les stars, tourne en 70 mm, abhorre le tout numérique et « rend hommage » à tous les styles.
Une fois ce constat établi, pris à part, chaque instant de Once Upon A Time est soigné et juste, mais la somme des scènes fait défaut : on s’attache plus aux héros des saynètes qu’au film lui-même. Et si l’on n’est pas familier de la Manson Family et du destin de Sharon Tate, réduite au rôle d’égérie muette, le film perd toute tension : ne reste qu’un jeu de piste, à qui découvrira les références les plus obscures.
Goulven



