S’ouvre dans un nouvel onglet
Menu
La Trousse Corrézienne

Focus, LTC 0 · 27 février 2015

Mathilde Defromont « En lien, pas les uns contre les autres »

Photo : sculpture en bois et terre dans le salon de Mathilde Defromont

Pour aller à la rencontre de Mathilde Defromont, j’aurais pu prendre l’autoroute. Rapide. Efficace. Mais Mathilde me partage sa préférence à elle : emprunter la départementale. Cette route décalée d’un chouïa du tracé autoroutier. Premier décalage, premier cadeau : par un matin ensoleillé de février, direction Chirac-Bellevue avec vue splendide sur les monts d’Auvergne enneigés.

Son nid n’est pas où on l’attend, face au portail, non. Il est là, décalé sur le côté gauche, dans un coin de vieille bâtisse retapée. Tout autour de l’espace, d’autres bâtiments anciens qu’on devine pleins de potentiel, de vieux gradins, une balançoire… À l’intérieur, une tisane faite maison de ses récoltes de glaneuse cultivatrice : plantes aromatiques et médicinales m’accompagneront dans un voyage totalement inattendu.

Mathilde a 34 ans. Elle est arrivée de Picardie voilà quinze ans, pour préparer un BTS « gestion et protection de la nature » à Neuvic. Tombée sous le charme de la Corrèze et de la Creuse, elle s’y installe pour « [se] lever le matin et [se] dire que c’est beau », simplement. Avec une envie chevillée au corps : faire humainement revivre le territoire, créer du réseau, partager, échanger, brasser. Et l’on peut dire que Mathilde s’emploie pleinement à cela.

Comédienne, organisatrice, créatrice…

Mathilde a sa méthode à elle, sa recette que l’on retrouve partout : décaler d’un chouïa. Mathilde décale toujours quelque chose d’un chouïa. Et fait voir la vie autrement. Dans le festival « Musicalement vôtre » de Ligignac, qu’elle co-organise, elle y met des concerts, une exposition, une conférence musicale. Mais y ajoute aussi un vide-grenier musical. Et un studio d’enregistrement à disposition des groupes locaux. Une surprise qui décale, et donne à vivre autrement. Avec son association L’Alambic compagnie, Neuvic renoue le 21 juin avec la fête de la musique. Parce qu’elle aime à remettre de la fête là où elle peut, parce que la fête relie les gens, délie les langues. L’Alambic compagnie organise également des évènements culturels où le public est invité à participer, chacun à sa mesure. L’ordre habituel est bouleversé, la vie peut renaître. Comme Mathilde ne s’arrête jamais de créer, elle projette d’aménager les bâtiments restants de son nid en lieu de résidence artistique. Un lieu, non conventionné bien sûr, allais-je dire ! Pour accueillir ceux qui ont besoin d’une première chance mais n’ont pas encore d’argent. Un lieu avec un plateau et des ateliers pour créer, mais aussi un lieu avec des gradins pour pouvoir accueillir le public, montrer comment se crée un spectacle, donner à voir le chemin. Et encore faire naître des liens entre humains qui pourraient ne jamais se croiser. Suffisant ? Non ! Comédienne depuis toujours, elle tourne, elle joue, elle veut créer ses propres spectacles !

Mais Mathilde n’est pas une femme pressée, non, plutôt une femme en route pour la joie. Avec sa compagnie Les Involtes (en référence au « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien » de Noir Désir, auquel elle ajoute « … mais avançons ! »), c’est une autre facette de Mathilde que l’on découvre, et pas la moindre.

Gesticulante pour une naissance respectée.

Mathilde donne des conférences-gesticulées : pas tout à fait conférences, pas tout à fait spectacles, il s’agit de transmettre des savoirs autrement (voir page 29). Elle gesticule sur un thème, son thème : la naissance respectée. Parce que l’humain qu’elle cherche en priorité à nous faire croiser, Mathilde, c’est nous-même. Pour preuve, elle a intitulée sa conférence « Accouche et t’es toi ». Elle donne dans sa gesticulation à entendre son vécu, nous y offre un autre regard, le sien, et nous propose en fait de nous arrêter un instant, et de décaler. D’un chouïa. De sortir à peine du brouhaha des hôpitaux, des soignants formés aux pathologies plus qu’à ce qui fonctionne. De sortir de nos traditions bibliques : « tu enfanteras dans la douleur ! ». Elle évoque les accompagnements qui existent aujourd’hui dans les maternités, de tous ces grands ou petits gestes, ces paroles, ces non-dits que l’on y vit ou que l’on subit. Qui sont des attaques que l’on ne peut gérer dans des moments de si grande vulnérabilité que sont la grossesse, l’accouchement et le début de la parentalité. Mais qui nous marquent à jamais en tant que femme, mère, père, enfant et futur adulte. Qui impreignent parfois tout notre être, toutes nos relations. Mathilde invoque notre voix, notre petite voix qui nous guide si on l’écoute, qui sait que nous sommes capables d’enfanter naturellement si on le souhaite, qui sait ce dont on a besoin, qui est la seule à détenir notre vérité. La naissance respectée, ou plus exactement les naissances respectées : celle de l’enfant, mais aussi de la femme, de la mère, du père, du couple parental.

Alors la mère que je suis devenue récemment n’a rien vu venir, juste pu sentir encore toutes ces petites plaies ouvertes sur sa maternité, et les taches faites tout autour. Heureusement Mathilde sait accueillir les larmes, parce qu’elles font elles-aussi partie de la vie, parce qu’elles, ainsi que les mots, cicatrisent. C’est aussi ce plaidoyer que fait Mathilde dans sa gesticulation et dans sa vie, un plaidoyer pour la parole, pour les espaces et les temps de parole qu’il nous faut recréer. Refaire de la place à nos voix, celles qui ont souffert, celles qui ont envie, recréer ces espaces pour se parler, pour se dire, pour s’entendre.

Au sortir de cette rencontre, je soupçonne Mathilde d’avoir su que son calendula dans la tisane m’était nécessaire pour cicatriser. Parce qu’elle a tout compris Mathilde : pour pouvoir aller pleinement vers l’Autre, il faut déjà pouvoir (re)naître à soi-même et repartir gaiement dans la vie.

Trois lieux, par Mathilde

  • le belvédère de Gratte-Bruyère à Sérandon, pour s’y ressourcer,
  • le Battement d’Ailes à Cornil pour ce qui y nait et s’y fait,
  • le théâtre des Sept Collines de Tulle, pour leur programmation « de ouf » !

Vous pouvez retrouver Mathilde et sa conférence gesticulée « Accouche et t’es toi »

  • sur facebook : « Accouche et t’es toi »,
  • sur youtube, avec le teaser de sa conférence,
  • en vrai, lors de sa prochaine conférence gesticulée le 22 mai à Narbonne.

delphine laval

Portrait noir et blanc de Mathilde Defromont

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

Dans la même trousse

Couverture du guide « La collecte séparée des biodéchets, une solution d’avenir »

Guide pour les élus

Écueils à éviter, conseils pratiques, chiffres et argumentaires : le réseau Compostplus publie un manuel pour les élus qui veulent se lancer dans la collecte séparée des biodéchets.

27 février 2015

Couverture de « Chroniques de l’oiseau à ressort » de Haruki Murakami

La critique éclair(e) de l’âne bâté

« C’est un super livre. Le pied intégral ! » : la critique éclair(e) de l’âne bâté passe Les chroniques de l’oiseau à ressort au crible.

27 février 2015

L’imposture du libéralisme

Adams Smith : « Chaque individu met sans cesse tous ses efforts à chercher, pour tout le capital dont il peut disposer, l’emploi le plus a1vantageux ; il est bien vrai que c’est son propre bénéfice qu’il a en vue, et non celui de la société…

15 décembre 2017

Articles récents

Dessin d’Herbette : Donald Trump reçoit un paquet cadeau « LMB » des mains d’un homme en costume — « Formidable, thank you! »

Vente de LMB Aerospace à Malemort

Le Parti communiste français (PCF) – section de Brive a fait parvenir le communiqué de presse ci-dessous à La Trousse corrézienne en février dernier. Nous lui posons en retour quelques questions dans l’encadré qui figure en bas de page.

17 octobre 2026

Illustration : un panneau « DÉVIATION » jaune et noir à la peinture épaisse.

Déviation de la RD 901 à Varetz : une opération qui interroge

Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.

17 octobre 2026

Aquarelle de Bernard : la vache Mounette, une fleur à la bouche.

Vachement bien…

C’est l’histoire d’une vache qui dépérissait au fond d’une étable, faute de bons soins sans doute. Paul l’a vue et il n’a pas aimé ça, alors il l’a achetée. Il l’a amenée chez lui, il l’a retapée, il l’a baptisée Mounette et chaque année ensuite,…

17 octobre 2026

✕
Fermer le menu
Les rubriques
LE JOURNAL
♥ Soutenez-nous : faites un don !S'abonner au journal