
Une ambiance très carte postale, un peu surannée mais qui rassure. C’est simple, c’est efficace et on voit du pays. Touristes et locaux s’y retrouvent. Les marchés de producteurs de pays sont un rendez-vous estival depuis plusieurs années. Petit voyage dans les coulisses.
Le concept est attirant : petite place de village, des producteurs locaux qui vendent leur production, la possibilité d’acheter et de consommer sur place grâce à un espace grillade et des tables et chaises mises à disposition, un moment simple et convivial qui se termine par un concert musette ou de variété (pour plaire à tout le monde comme on dit). Les citadins et les touristes étrangers en manque d’authenticité ne peuvent pas y couper.
C’est la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron qui met en place ces premiers marchés en 1989. Le principe est de rapprocher les producteurs et les consommateurs et de mettre en valeur le terroir et les savoir-faire locaux. En 2012, on compte 33 Chambres d’Agriculture adhérentes. En Corrèze, cette année, on trouve dix-neuf marchés de pays et 143 producteurs locaux sélectionnés, répartis sur tout le territoire. A priori, pour ne pas se marcher sur les pieds, il ne peut guère y en avoir de nouveaux.
L’organisation d’un marché de pays est à l’initiative soit de la commune, soit d’une association locale qui s’associe avec la commune pour le soutien technique. A leur charge l’animation et la buvette, et l’installation de tout le matériel. La Chambre d’Agriculture s’occupe des producteurs. Pour pouvoir accueillir un marché de producteurs de pays régulier pendant l’été, il faut tout d’abord payer à la chambre consulaire une « participation » de 1000 euros pour avoir le droit d’utiliser la marque « Marché de producteurs de pays » et bénéficier des outils de communication à tarif préférentiel : banderoles et poches en plastique ne sont donc pas fournies mais doivent être achetées par les organisateurs ou les producteurs. Il y a quelques années, cette « participation » été reversée en partie aux communes pour qu’elles soutiennent les frais d’animation des organisateurs. Cette pratique pourrait reprendre bientôt. Chaque semaine, les organisateurs doivent mobiliser une vingtaine de bénévoles et assurer une programmation festive. C’est potentiellement une opportunité de partenariat entre les associations locales, les habitants et la municipalité. Mais cela reste complexe et l’organisation collective ça s’apprend.
Les producteurs qui souhaitent vendre sur les marchés s’acquittent eux aussi d’un droit qui varie entre 60 et 150 euros pour la saison en fonction du type de produits vendus – ce forfait étant valable pour la saison, sur un ou deux marchés. Ils signent une charte nationale de bonnes pratiques accompagnée d’un règlement intérieur propre à chaque département. Seul le producteur ou une personne participant à la production peut être derrière le stand et seulement ce qui est produit sur l’exploitation peut être vendu. Par contre, rien n’est précisé ou engageant sur le mode de production- conventionnel ou bio- c’est la chambre d’agriculture quand même ! Elle fonctionne principalement avec les fermes du réseau Bienvenue à la ferme (qui payent aussi un droit pour utiliser ce label), car le concept des marchés est de soutenir les petites exploitations grâce à la vente directe. Cependant, certaines fermes, petites au départ, se sont développées depuis mais font toujours partie des producteurs sélectionnés, et de ce fait, prennent la place de nouveaux petits producteurs.
Avant chaque saison, la chambre invite les élus et les associations des communes concernées, ainsi que les producteurs afin de valider ensemble la composition des marchés. Il faut veiller à ce que les produits présents sur le marché permettent de composer un menu. Car c’est un marché festif, et finalement les gens ne viennent pas y faire leurs courses. Il y a donc peu de place pour les légumes ou fruits non transformés ou les pots de confiture. Il est aussi possible d’accueillir des artisans d’art et parfois des artisans locaux, comme le boulanger du village, quand il n’y a pas de pain sur le marché. Mais dans tous les cas, il n’y a pas de place pour les revendeurs et les non producteurs.
On est donc sur un concept plutôt commercial, ponctuel qui s’appuie sur l’engouement pour les produits locaux sans pour autant trop s’interroger sur les modes de production. On voit pourtant que sur cette base, on pourrait aller plus loin, tant sur la transparence, que sur la gestion collective et qualitative de l’événement (coopération inter associative à développer, implication des habitants, sachets en papiers, gobelets réutilisables à la buvette, diversité de la programmation…). Les parties en présence y sont-elles prêtes?
Julie Devès





