Maraîchage : le maillon santé
En écoutant une émission sur le diabète de type 2 je me suis rendu compte à quel point il est convenu maintenant qu’à l’origine de notre mauvaise santé est l’alimentation. Et que donc à l’origine de notre bonne santé est l’alimentation aussi. Pour autant le traitement (si l’on peut parler ainsi à cet endroit) de ceux qui alimentent la bonne santé est très différent de ceux qui guérissent la mauvaise.
Si l’on en croit l’OMS 1 « l’un des principaux tueurs au monde » est le diabète (moi qui croyais que c’était Daesh !). Ce disant elle fait preuve d’un ethnocentrisme légèrement débridé puisque ce fléau est d’autant plus répandu que le pays concerné est à la pointe de l’occidentalisme. Les États-Unis sont champions de cette forme contemporaine d’empoisonnement de masse. Plus d’un États-Unien sur quatre serait ainsi diabétique ou en voie de l’être (pré-diabétique). En France, toujours un peu en retard sur la modernité, nous ne sommes que un sur dix. Le coût de la prise en charge est évidement énorme 2. Mais surtout, comme dit en introduction, les causes officiellement identifiées sont : « une mauvaise alimentation associée à un manque d’exercice ». L’OMS, alliée presque spirituelle du monde libéral, se trouve ici très prompte à culpabiliser l’individu, avec bien sûr tout le tube d’onguent verbal de la déculpabilisation ; mais elle est beaucoup plus timorée, voire silencieuse, quand il s’agit de fustiger la production industrielle et/ou alimentaire, pourtant elle aussi de plus en plus désignée comme responsable de la prévalence des cancers, autres tueurs en série sévissant dans nos contrées.
Nonobstant, là n’est pas le propos que de faire un topo détaillé sur nos maladies mortelles mais bien d’identifier la production et l’ingurgitation d’aliments comme étant au cœur du discours sur la bonne santé. Et, si nous prenions cela au sérieux, il serait alors temps d’intégrer pleinement la production de ce qui fait consensus en termes de « bonne alimentation » dans un processus de mutualisation de moyens, à l’instar de la Caisse d’assurance maladie, pour rendre accessible à tous – peu importe sa condition sociale – fruits et légumes produits dans le respect de l’environnement, donc satisfaisant à minima l’exigence du cahier des charges AB. Une proposition qui rendrait possible de rémunérer mieux ceux qui nous nourrissent tout en leur garantissant la liberté d’entreprendre, ce privilège jusqu’alors réservé aux médecins (à l’autre bout de la chaîne santé). En effet, ce dernier, tout libéral qu’il se dit et vote (en général), est rémunéré à 77,8 % par la Caisse de la sécurité sociale, 13,2 % par les mutuelles, et 7,5 % directement par le client/patient. Et, même en prenant les chiffres du « Figaro », le médecin le plus pauvre gagne en moyenne 4 fois plus que le petit maraîcher bio le plus riche (6 833 € brut contre 1 550 € brut), quand ce dernier arrive à dégager un salaire 3.
Le temps que vous me lisiez une personne est morte du diabète dans le monde. Si vous aviez lu plus vite on n’en serait pas là… Bon… au lieu de culpabiliser les gens, la question serait plutôt d’envisager la mutualisation de nos moyens pour nos besoins vitaux. D’autant plus que la mortelle malbouffe est une maladie sociale. Pendant que le smicard dépense 222 € par mois pour manger gras, le cadre en aligne plus du double pour manger équilibré. Pendant que le smicard n’a d’autre choix que de se loger près des usines de fabrication d’engrais, le bourgeois se met au vert, loin des sources de pollution. Le système de mutualisation ne réglerait évidemment pas tout, mais permettrait, si l’on s’en tient à une cotisation de 20 % du taux de cotisation en vigueur de l’assurance maladie, de faire payer le panier de fruits et légumes bio en fonction des revenus. Ainsi le smicard cotiserait le même montant que sa dépense actuelle en fruits et légumes pour une meilleure qualité et quantité, alors que le médecin, par exemple, cotiserait deux fois plus qu’il ne dépense actuellement. Pour autant désavantagé, ce dernier ne pourrait pas décemment être contre un tel système visant la bonne santé puisque c’est le même qui le rémunère. Mais, en même temps j’ai un doute, parce que le privilège de « la capitalisation par la mutualisation », ça se garde jalousement, et puis si c’est effectivement la malbouffe qui nourrit le toubib (son porte-monnaie), il n’a peut-être pas trop intérêt à ce que ça change…
1 Organisation mondiale de la santé
2 « La somme de l’ensemble des dépenses remboursées à des patients diabétiques s’élève à 19 milliards d’euros par an, soit 15 % des dépenses d’assurance maladie individualisables pour tous les assurés. » Selon la Caisse nationale d’assurance maladie
3 1 maraîcher bio sur 5 n’arrive pas à dégager de salaire : https://www.ouest-france.fr/normandie/les-maraichers-bio-pas-riches-mais-heureux-3926229
Philippe Van Assche





