
Cher Jacques, je te confesse (comprends ce que bon te semble) que je ne peux te suivre sur la voie de ta morale chrétienne dont il n’est pas douteux qu’elle aussi est pavée de bonnes intentions.
Saint-Bonnet – paix à son âme ! – a-t-il seulement été informé du projet que nourrissait le Centre régional des musiques traditionnelles (CRMT) du Limousin de présenter, en juin dernier, un spectacle choral en l’église de l’une des nombreuses communes du saint-patron, et où coule la rivière qui lui a été dédiée – elle qui n’avait rien demandé – la Saint-Bonnette. Je veux parler de Saint-Bonnet-Avalouze.
Ainsi réponds-tu à Monsieur le Maire qui a eu l’obligeance de t’informer de ce projet en te joignant le programme du concert : « Je viens de regarder attentivement le programme que vous m’avez fait parvenir. Il y manque bien des paroles des chansons prévues (sic). Parmi celles que j’ai pu retrouver (merci Google, dieu de la toile), il y a majoritairement des chansons à boire et des chansons d’amour (re-sic) qui ne sont pas accordées au caractère sacré du lieu. Même si je blablabla, je suis au regret de ne pas pouvoir (re-re-sic) autoriser l’utilisation de l’église pour ce concert. »
Pour ce qu’on sert. Pour ce con, certes.
De con je n’ai entendu prononcer le nom ni aucun de ses synonymes au long de cette soirée qui s’est au final donnée dans une salle laïque. Mais si l’amourette et le petit verre, quand ils ne sont pas oints de la bénédiction divine, que tu es, bien sûr, seul habilité à accorder, sont interdits d’église (ekklêsia : assemblée par con-vocation), alors j’y perds mon latin et ne comprends vraiment rien à l’amour de mon prochain. Dommage, l’église aurait été ouverte ce soir-là et tous ses bancs occupés. Dommage, encore, ceux qui l’ont bâtie, s’ils règlent toujours les impôts locaux en vigueur dans ton paradis, auraient sans doute aimé. Comme nous, ils auraient peut-être dansé ensuite sous les lustres… de la salle polyvalente.
Mon cher Jacques, mon cher frère et camarade, une question : dans les églises des paroisses dont tu as la charge pastorale, à quand la censure du Cantique des Cantiques ? Pour finir, un petit conseil, si je puis me permettre : détends-toi, écoute Saint-Georges (celui de Sète).
Didier Bertholy



