Dans les années 70, le cousin Fernand, qui travaillait dans la mine de Saint-Privat, donna à son neveu, âgé alors de 10 ans, une pierre extraordinaire qui scintillait de mille feux.
Fernand travaillait dur à la mine mais la camaraderie et la belle œuvre qu’il faisait le rendaient heureux. Il faut savoir qu’en ces années là, l’uranium était l’avenir de l’homme et le soir, à la fraîche, sous le tilleul, c’était la fête aux cailloux. C’était à qui aurait le plus beau, le plus gros, alors on les admirait, on les échangeait, on les offrait….
C’est en 1974, pendant les vacances d’été, un dimanche, que le jeune Vincent reçut le cadeau de son oncle, ce merveilleux caillou qu’il allait ajouter, avec fierté, à sa collection de minéraux. Oui, on ne sait pas pourquoi, Vincent adorait les cailloux depuis sa plus tendre enfance.
Lorsque la fin des vacances approcha, Vincent prit délicatement l’objet qui trônait sur sa table de nuit et le posa dans une jolie boîte qu’il glissa dans sa petite valise. C’était le moment du départ, une bise à chacun et chacune et hop, dans la Simca 1100…en route pour Paris. C’est toujours triste les fins de vacances, alors Vincent ferma les yeux et se mit à rêvasser avec délice. Ils allaient en faire une tête les copains lorsqu’ils verraient sa pierre !
Fin du voyage. Vincent déplie ses jambes un peu endolories, attrape sa petite valise, s’engouffre dans l’immeuble, se faufile entre les grandes personnes pour arriver enfin dans sa chambre. Il sait déjà où il posera sa pierre, là dans le meuble en noyer, au beau milieu des autres et devant. Super ! Et plusieurs fois, il ouvre, il ferme, il ouvre, il ferme…il imagine l’effet que ça va faire sur ses copains.
Et l’effet fut à la mesure de ses espérances. Plusieurs fois par semaine, les copains venaient dans sa chambre, ils s’asseyaient devant le meuble, demandaient à Vincent d’en ouvrir la porte et là les yeux s’agrandissaient, la bouche béait et la pierre circulait de mains en mains, sans bruit, dans un silence étonnant.
Le rite dura des années jusqu’au jour où la famille de Vincent décida de partir s’installer en Corrèze. Le caillou d’uranium allait retrouver ses sources. Dans ce bouleversement, il passa des mains du fils aux mains du père et vécut alors en toute liberté, sur l’établi du père, dans la cave.
Les années passèrent. Vincent adulte ne se préoccupait plus beaucoup du caillou. En tout cas, les copains ne défilaient plus pour venir l’admirer. Au contraire, maintenant lorsque Vincent pensait au caillou, son front se plissait, son regard se figeait, de drôles de pensées l’assaillaient. Etait-ce possible ce qu’on lui racontait sur le danger de l’uranium ? Il devait en avoir le cœur net. Il mènerait sa propre enquête.
Pendant des années, Vincent engrangea des informations. Et voilà qu’aujourd’hui, on entend parler des mines d’uranium en Limousin et des conséquences graves que leur exploitation entraine pour la santé.
Ni une ni deux, Vincent décide de participer à un stage de la CRIIRAD, d’acheter un Radex, de contacter des associations et de partir au combat pour que les p’tits cailloux ne tuent pas les Petits Poucets du Limousin.
Jeanne Wachtel



