
Estaminet, cabaret, troquet, débit, taverne, boui-boui, bouchon, guinguette, bistrot, café, bar : que de noms et bien d’autres encore pour désigner cet endroit où nous ne sommes ni chez nous ni tout à fait chez un autre. Ce lieu semi-public de rencontre et de solitude, de fête et de deuil, de débat et de long silence, de perdition et d’émancipation, source d’information locale et terreau de la rumeur, étancheur de soif et de chagrins. Tout cela, rien que tout cela. Comme le disait Balzac « le comptoir d’un café est le parlement du peuple ».
Mais les temps changent et changent avec eux les mœurs, les us et les coutumes. Courant du 20ème siècle, le peuple sort du langage et dans le même temps le nombre de bar est divisé par 10 avec une accélération brutale les quarante dernières années. En 1915, on dénombre 320 381 bistrots. En 1925, 311 000 (mais on peut supposer que beaucoup sont morts à la guerre). En 1935, 291 000. En 1946, 249 000. En 1955, 237 000. En 1965, 208 000. En 1975, 191 000. Et aujourd’hui, le pays en compte moins de 38 000… Une survivance. Un souvenir. Y a t-il encore une actualité, un avenir au boui-boui du village ?
Nous avons voulu en avoir le cœur net. Qu’en est-il en Corrèze ? Nous avons alors entrepris un petit voyage. Il ne sera pas exhaustif, loin de là. Ce n’était pas le but recherché. Il était plutôt question d’aller à la rencontre et de tenter de mesurer le pouls. Et puis en cette période estivale, nous voulions donner à voir l’actualité de ces hauts lieux d’histoire locale. Hauts, non par la taille mais par l’importance qu’ils ont eu dans le maillage des hommes sur le territoire. Mais voilà, il nous a fallu nous mettre d’accord sur ce qu’est pour nous un bar, un bistrot, enfin ce fameux lieu dont nous voulions parler. Pas si facile. Nous n’avons pas réussi le consensus, nous n’avons pas trouvé La définition.
C’est par la négative alors que nous avons finalement balisé notre chemin. Nous ne voulions pas coller à la définition d’un label, comme Bistrot de pays, créé en 1993 pour tenter d’endiguer la fin des derniers établissement de village, avec plus ou moins de réussite. Nous ne voulions pas parler des bars à thème, branchés, et plutôt de ville. Nous avons exclu aussi les bars associatifs qui bien souvent n’assurent pas la continuité, l’ouverture quotidienne qui nous semblait être un critère de définition. Puis nous avons fait des choix à partir de nos connaissances et fréquentations. Ces choix nous ont fait pousser d’autres portes, tracer notre route et dérouler ce récit.





