
Je sais pas si vous avez vu le nombre incalculable d’agences fleurir ces dernières années. Je ne parle pas des agences immobilières qui prennent 10% de la valeur de la maison à chaque fois qu’elle change de propriétaire, c’est à dire à peu près tous les sept ans, non, je parle des agences créées par les gouvernements successifs pour mettre en œuvre les politiques publiques. J’imaginai, avec ma culture de service public, que les mesures qu’un gouvernement souhaitait mettre en place, étaient confiées aux ministères et à ses fonctionnaires. Pas du tout. Toutes les grandes réformes gouvernementales sont confiées à des agences. Le service civique par exemple, relevant d’une politique jeunesse, aurait pu être confié au ministère en charge de la jeunesse. Et bien non, on a créé l’agence du service civique, dirigé d’abord par Martin Hirsch, puis, actuellement par François Chérèque. Une agence qui a pris la forme, comme c’est bien souvent le cas d’un Groupement d’Intérêt Public. On nous explique que c’est un moyen d’associer sur un sujet, tous les acteurs et partenaires sociaux. En effet, les agences sont souvent administrées par des « personnalités qualifiées », c’est à dire des gens qui savent. En fait, en termes de personnes qualifiées, il s’agit essentiellement de personnes choisies par le gouvernement, à qui on confie les objectifs et surtout les moyens financiers.
Rien de bien grave, allez-vous dire, sauf que cet argent, confié aux agences, c’est autant de pognon en moins pour les ministères de tutelle, et la mission, autant de boulot en moins pour les fonctionnaires. Et oui, pas besoin d’embaucher des fonctionnaires ; l’agence se charge de recruter ses propres personnels, sous des contrats le plus souvent d’une durée déterminée. Ainsi, si l’action vient à disparaître, à l’arrivée par exemple du « changement, c’est maintenant », et bien, pas de problème : on congédie tout le monde et on fait une autre agence. Ainsi, le nombre de fonctionnaires reste stable, pas besoin d’en recruter d’autres. On confie tout de même aux fonctionnaires résiduels des ministères le soin de contrôler et de s’assurer du respect de la réglementation, tandis que l’agence, elle, distribue le pognon public. Le pauvre fonctionnaire se retrouve donc en train de faire chier le client, pour s’assurer que tous les papiers sont en ordre, un vrai empêcheur de bosser en rond, ce qui, bien entendu, contribue à alimenter la rumeur des fonctionnaires zélés et inutiles.
Voilà la grande mode des agences. On en retrouve partout : L’Agence Nationale de la Recherche qui a pour mission la mise en œuvre du financement de la recherche sur projets en France, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (j’invente rien ; ça existe vraiment !), L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (un sujet certainement trop important pour le refiler à un ministère, et, pour finir, la célèbre Frontex, qui, avec un nom de préservatif est chargée de gérer la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union Européenne. Allez sur le site de Frontex, vous comprendrez mieux dans quel monde on vit.
La seule agence que je supporte c’est l’agence tous risques, mais je crois que Barracuda n’était pas fonctionnaire.
Jean-Marc Vareille




