
La Nuit debout à Tulle, nous sommes le samedi 9 avril 2016, place de la cathédrale, le mouvement s’organise dans une ambiance festive mêlée au sérieux des convictions de chacun. La restauration à caractère local et rural est assurée par un collectif venu de Tarnac. Les grandes tables disposées pour réunir les personnes présentes autour d’un verre et d’un mets, permettent à tous d’échanger, de débattre, de partager des causes d’engagement. Plusieurs personnes ont pu prendre la parole au micro pour émettre divers questionnements :avons-nous encore besoin de l’État ? Le service public français a-t-il encore un sens dans nos vies ? Peut-on sortir du système des partis par le vote ? Que se passera-t-il aux prochaines élections présidentielles pour toutes ces personnes qui ne se reconnaissent plus dans le système qui leur est proposé ? La question du travail est évidemment posée en filigrane, un participant émet un constat : beaucoup d’entre nous entretiennent un rapport négatif au travail, la souffrance au travail se fait de plus en plus ressentir. En plus des débats lancés par les personnes qui ont pris la parole, la convergence des luttes s’exprime à travers les dispositifs du rassemblement : une banderole sur laquelle est écrit « Une autre fin du monde est possible. », le four qui permet de réchauffer au feu de bois les pizzas préparées sur place avec une vraie pâte à pain. Les questions écologiques s’imposent d’elles-mêmes, peut-être permettent-elles de proposer un modèle social différent, loin des hiérarchies institutionnelles habituelles ? Ce mouvement semble s’inscrire, ici, en Corrèze dans la dynamique actuelle des initiatives locales alternatives. La diversité des formes d’engagement apparaît encore puisque le monde rural se mobilise, reste à savoir quels sont les points de convergence avec les mouvements des grandes villes. L’engagement pour l’écologie et la ruralité ne donne-t-il pas aux mobilisations populaires de nouvelles couleurs ? En effet, les manifestations contre le CPE en 2006 n’ont pas conduit la population française à remettre en cause tout un système. Il semble que les questionnements sur notre rapport à la nature, à l’alimentation et à nos modes de consommation conduisent à élargir les revendications. La loi travail met en cause les acquis sociaux assurés par le code du travail, par exemple les droits qui protègent le salarié en cas de licenciement abusif. Elle est un déclencheur du mouvement, mais au-delà des conditions de travail elles-mêmes, il semble que le statut du travail dans la société et son sens pour l’homme soient réinterrogés. La perte d’importance du social dans le modèle défendu par le parti socialiste est-elle la seule cause de ces interrogations ? Le mouvement des Indignés s’insurgeait déjà contre la finance et la mondialisation. La réponse à ces positions contre le système libéral n’est-elle pas rendue plus visible par les mouvements d’initiative locale? Il est difficile d’analyser d’ores et déjà le mouvement ou de conjecturer sur les suites qu’il peut prendre. L’on peut supposer que les mouvements déjà engagés localement ne dépendent pas de cette mobilisation, mais peuvent être rendus plus visibles par ce biais. C’est en effet un chantier interminable que de vouloir refonder le système politique. Cette diversité des engagements au sein d’un même mouvement ne doit pas laisser la place à la division sociale de la population. Il est très difficile de se reconnaître chacun dans un même modèle social, mais l’important est de s’entendre au-delà des théories et des intérêts particuliers pour un modèle plus juste pour tous.
La Mouette




