Un promoteur immobilier, Pitch promotion, souhaite construire un bâtiment de plusieurs étages à l’emplacement du parking adjacent à la médiathèque de Tulle : sur pilotis et avec deux niveaux de parking souterrain s’il vous plaît ! On peine à comprendre l’adéquation de ce projet avec les besoins de la ville.
Outre le parking, cet immeuble comporterait trois parties : hôtel 3 à 4 étoiles, logements étudiants et bureaux. Si l’on en croit les professionnels locaux, tant les hôteliers1 que les agents immobiliers2, la ville n’a pas besoin de ces services, donc de cet immeuble. Elle possèderait effectivement suffisamment de capacité d’accueil des visiteurs et étudiants. Pourtant, non seulement le promoteur confirme sa volonté, mais aussi ce projet, qui implique la vente du terrain, a bénéficié d’un vote unanime des élus municipaux3.
D’aucuns répondront que le promoteur n’investirait pas s’il doutait que son projet s’avère rentable. Accordons lui ce crédit. Mais nous pouvons déduire de la situation décrite par les professionnels que ce projet se réaliserait au détriment d’activités existantes, donc mettrait en danger les équilibres actuels.
Notons que l’emplacement retenu est particulièrement malvenu car l’esthétique de la médiathèque vaut en partie – en particulier de ce côté sud-est pourvu d’immenses baies vitrées – de par l’espace dégagé. Il est d’ailleurs un des rares espaces « aérés » de la vallée tulliste permettant une vue relativement lointaine.
Considérons également un point crucial : la ville, du fait de sa topographie et de son organisation, ne peut accueillir toujours plus de voitures. Elle en est déjà envahie4 !
Enfin, la population de Tulle semble se stabiliser après une longue période de baisse conséquente (≈-25 % en 40 ans). Pourquoi faudrait-il construire toujours davantage pour satisfaire aux activités d’une population moindre ?
« Cette cité se mure dans un état d’esprit un peu passéiste. On doit sortir de notre posture, créer. » Cette déclaration du maire Bernard Combes5 met en évidence la logique à l’œuvre. Le maire raisonne en terme de développement. Le fonctionnement économique ne suffit pas, il se doit de croître encore et toujours, et on est prêt à tout pour cela. Et si, en plus, c’est une entreprise privée qui prend en charge l’investissement !
Cela conduit à une situation aberrante à laquelle nous peinons à croire : construire non seulement de l’inutile, mais aussi du nuisible. Construire un hôtel pour probablement en fermer un autre… Construire des logements étudiants pour augmenter le nombre de logements vacants… L’important est d’avoir « créé » même si cela consiste alors à détruire !
Tout espace dégagé, qui permet une relative liberté d’usage au sein d’une ville très contrainte, ne doit pas le rester trop longtemps, est sujet à la prédation. Chaque espace doit être optimisé selon un critère économique, d’efficacité gestionnaire. La politique est alors considérée d’un point de vue économique et technique.
Vivre dans son époque consiste en la matière à questionner l’adéquation des choix avec les réalités, à ne pas prendre en compte uniquement la dimension économique au détriment de toute autre considération, à sortir de l’idéologie « croissanciste » incompatible avec les réalités écologiques depuis des dizaines d’années. Le passéisme consiste au contraire à raisonner selon le critère du développement quantitatif comme horizon devenu absurde dans une société riche. Selon ce critère, Combes apparaît comme un véritable passéiste ; comme semblent l’être les élus unanimes de ce conseil municipal.
Les Tullistes ont généreusement été consultés pour choisir le nouveau revêtement de la rue Jean Jaurès. Quel enjeu ! Pour un aménagement tel que celui envisagé, la vente d’un tel terrain public et une modification importante de l’espace et du paysage, l’avis des habitants n’est pas souhaité. Sujet sans doute trop sérieux pour que soit consulté le peuple incompétent… Voilà ce qu’il en est de la démocratie participative dont se vante pourtant le maire ! Nous devons alors nous contenter (ou pas) de la démocratie représentative.
1 – lamontagne.fr, 14 février 2018 (https://www.lamontagne.fr/tulle/economie/services/2018/02/14/le-projet-dhotel-trois-etoiles-a-tulle-en-2020-secoue-loffre-hoteliere_12738746.html).
2 – lamontagne.fr, 16 février 2018 (https://www.lamontagne.fr/tulle/education/travaux-urbanisme/2018/02/16/le-projet-de-residence-etudiante-a-tulle-peine-a-convaincre-les-professionnels-de-l-immobilier_12741391.html).
3 – Précisions sur l’opération envisagée, avec vente du terrain à la société Pitch Promotion dans le compte rendu du conseil municipal du 14 février 2018 accessible via la page http://www.agglo-tulle.fr/ville-de-tulle/conseils-municipaux-comptes-rendus (consulter le point 16 page 14).
4 – Mais le maire déclarait au conseil municipal du 13 mars 2018 au sujet des voitures : « je souhaite qu’il y en ait encore beaucoup, et longtemps »…
5 – lamontagne.fr, 15 février 2018 (https://www.lamontagne.fr/tulle/travaux-urbanisme/2018/02/15/un-projet-dhotel-et-de-residence-de-services-pour-8-m_12740505.html).
6 – Conseil municipal du 13 mars 2018.
Christophe Gibiat




