
Pour le calendrier chrétien, modèle de tous les calendriers civils, c’était le vendredi saint. Invité par la librairie Préférences, à l’ombre de la cathédrale de Tulle, Jean-Pierre Siméon, homme à l’écriture profuse, poétique notamment – c’est aussi le directeur artistique du printemps des poètes -, a d’abord voulu démystifier la poésie. Se débarrasser des préjugés selon lesquels la poésie serait réservée à une élite, à un cercle d’initiés! Renoncer à chercher le sens du poème : le poème a de multiples sens et la force du poème est dans le lecteur lui-même. Parce qu’expression éminente de la liberté, la poésie est habitée d’inquiétude, d’intranquillité, cet état que connaissait Pessoa. Mais le poète ne triche pas devant la fragilité de l’existence. Il est la voix nécessaire face à l’injonction permanente de sécurité, d’être « sécure », adjectif relevant de « l’englobish » (lire De quel amour blessée, d’Alain Borer, chez Gallimard), pur produit de la novlangue. Dans chaque langue, la poésie opère une rupture, insiste encore Jean-Pierre Siméon.
Bientôt (le 3 mai), c’est un autre sculpteur de la langue (mais qui sculpte aussi le métal) qui rencontrera les lecteurs de la librairie Préférences : Pierre Bergounioux.
Jean-Pierre SIMÉON, La poésie sauvera le monde, Cheyne Éditeur, 2016
Didier Bertholy



