L’école française se place au dernier rang des pays de l’OCDE concernant l’égalité scolaire. Cette ségrégation est structurelle et s’appuie en particulier sur la dégradation progressive de l’école publique qui incite les familles mécontentes qui le peuvent à se tourner peu à peu vers le privé, ce qu’elles font de plus en plus fréquemment, selon un processus qui prépare une libéralisation de ce secteur.
Les effectifs trop chargés constituent l’un des facteurs clairement identifiés de mal être pour les élèves, dont la fatigue nerveuse est fortement augmentée lorsque les classes sont surchargées. La chose n’est pas nouvelle même si elle est savamment ignorée par l’administration de l’Éducation Nationale.
Il faut, pour bien le comprendre, réaliser qu’un élève supplémentaire, dans un effectif de vingt-cinq élèves par exemple, engendre cinquante relations supplémentaires dans la classe : celles de lui vers chacun des autres et celle de chacun des autres à lui ! Dans cet exemple, le nombre de relations dans la classe est égal à 625, auxquelles s’ajoutent celles de chaque élève vers l’enseignant et vice-versa ! Fatigant ! Sans parler du bruit augmenté ni du volume d’air disponible dans la salle pour chaque individu et qui serait largement en dessous des normes préconisées par le code du travail… s’il existait encore (petite blague perso). Au contraire, avec un effectif raisonnable, l’ambiance de classe est plus calme et le comportement des élèves s’améliore : ils sont plus attentifs et plus engagés dans leurs apprentissages.
Par ailleurs, limiter le nombre d’élèves par classe permet la mise en œuvre de pédagogies coopératives : ces pédagogies (institutionnelle, sociale, critique, méthodes d’éducation nouvelle, travail en groupe, mise en place de tutorat, meilleur suivi des apprentissages de chaque élève…) sont aujourd’hui doucement promues par l’institution, mais la première condition de leur mise en place serait justement celle de l’effectif moindre des élèves dans la classe.
En effet, de telles pratiques engendrent de prime abord un risque majeur de désordre dans la classe, car on accorde aux élèves davantage de liberté (se parler, se déplacer, choisir l’objet de travail ou ses partenaires) et davantage de bruit et de conflits (y compris avec l’enseignant) sont à prévoir. Il faut préciser explicitement bien davantage de règles, afin que la classe puisse fonctionner de cette façon. L’enseignant s’efforce alors d’accompagner les élèves dans cette réflexion et de les amener à comprendre qu’il est nécessaire de tracer collectivement un cadre clair qui, seul, pourra permettre à chaque membre de la classe de vivre au mieux l’année scolaire dans ce groupe-classe.
Or ce travail (d’éducation civique à proprement parler) fastidieux mais indispensable en tant qu’acte éducatif est très difficile à mettre en œuvre dès lors que l’effectif du groupe est important. C’est même presque impossible lorsqu’il l’est trop et il est donc fondamentalement nécessaire que les effectifs des classes, pour toutes ces raisons, restent raisonnables, disons autour d’une vingtaine d’élèves.
Ces préconisations sont d’ailleurs confirmées par l’enquête indépendante STAR(1), qui indique de plus que les premiers bénéficiaires d’une telle mesure seraient les enfants des couches populaires. Les conclusions de cette étude sont sans appel : la taille de l’effectif de la classe est un facteur indéniable de réussite scolaire ; cette réduction d’effectif a non seulement des effets immédiats, mais aussi des effets durables et qui s’accentuent au fil du temps ; enfin, cette réduction d’effectif a un autre effet, celui de réduire de façon significative les écarts entre les enfants issus d’origines sociales et ethniques différentes.
(1)STAR, étude, 1985-1989, Lasting Benefits Study 1989. Menée sur des centaines de milliers d’élèves, cette étude est a priori la plus grande enquête indépendante réalisée sur ce sujet dans le monde. Rappelons ici que le programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est une évaluation créée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et que ce programme n’est donc pas tout à fait indépendant…
Stlaf




