
L’État est sur le point de créer un cadre légal pour une mine de charbon : les forêts du Limousin ! On en a déjà parlé dans la Trousse de janvier, le rêve de Carbon Ingen’R Bugeat Viam (CIBV) c’est une usine qui fabriquerait 40 000 tonnes annuelles de granulés de charbon à partir de bois vert. La procédure administrative avance comme un bolide. L’enquête publique a été bâclée par un commissaire partial1Association Non à la Montagne Pellets https://nonalamontagnepellets.fr/. La réunion du CODERST (Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques) a eu lieu le 8 mars (l’opposition était dedans et dehors), et bientôt le préfet publiera les arrêtés autorisant les travaux. Devant tant d’autosatisfaction et d’hypocrisie, il y a urgence à se mobiliser, tant sur le plan juridique et que sur le terrain. Et il faut avant tout expliquer pourquoi.
Association Non à la Montagne Pellets https://nonalamontagnepellets.fr/
Dans le dossier d’enquête publique2http://www.correze.gouv.fr/Publications/Annonces-avis/Enquetes-publiques/Enquete-publique-du-14-novembre-au-15-decembre-2017-inclus-sur-le-projet-de-creation-d-une-unite-de-fabrication-de-pellets-torrefies-a-Viam-presente-par-la-societe-CARBON-INGEN-R-BUGEAT-VIAM, le révérant père Gaudriot (PDG de CIBV) nous explique que la destination du charbon en gare de Viam est… inconnue ! Mais on devine aisément le terminus : les anciennes centrales thermiques à charbon qui servent au réseau d’électricité. Produire de la chaleur à partir de l’électricité, c’est comme engraisser des porcs avec de la truffe. À part ça, tout va bien.
Ce projet est un projet d’exploitation forestière. Le principe d’approvisionnement de l’usine est de couper les peuplements dits « pauvres » (taillis et accrus générés par la disparition des petits paysans) : officiellement 400 hectares (ha) annuellement coupés ras pendant 20 ans. Sauf que le commentaire laissé par la société Arbogeste dans le dossier d’enquête publique dit plutôt 800 ha par an si l’on considère bien les objectifs de production. Une enquête publique qui se termine par une sous-évaluation de l’impact du projet ne serait-elle pas destinée… à être annulée par la justice administrative ?
Côté émissions de gaz à effet de serre, l’étude « d’impact » se contente d’une phrase : une futaie stocke plus de carbone qu’un taillis, respectivement 67 tC/ha contre 32 tC/ha. Pas un mot sur le processus : couper les taillis et les brûler génère des émissions bien avant de récupérer le carbone par la pousse des futaies adultes. Ça n’intéresse personne de connaître l’impact de la déforestation avant de restocker du carbone par une futaie adulte ? D’autant plus qu’on coupe le douglas à 40 ans alors qu’il n’est encore qu’un bébé et qu’il n’a pas rendu au sol ce qu’il lui a pris.
Dans cette étude d’impact, il n’y a absolument aucune évaluation des émissions de gaz à effet de serre qui seraient dues à la construction de l’usine, par son fonctionnement, le transport par camions et par voie ferrée. Ni rien sur les émissions dues à l’utilisation de ces pellets. Ni rien sur les effets de la vapeur d’eau produite par les cheminées des unités de refroidissements, ce gaz étant pourtant le plus fort en terme d’effet de serre. Osons poser la question : est-ce vraiment une étude d’impact ? Est-ce que dans le terme « enquête publique », il n’y aurait pas le terme « enquête » par hasard ?
Enfin le meilleur pour la fin : à propos du trafic routier, l’étude d’impact (page 162 ICPE 1) dit que l’accroissement du passage de camions sur la RD 979 serait de 15 %. Le commissaire enquêteur rapporte (page 11 de son rapport) que ce serait 70 %. Le calcul d’une personne dans le registre d’enquête publique aboutit à 150 % ! Tout dépend du tonnage des camions : plus ils sont gros, moins il en passe. Les conseils municipaux de Bugeat et de Viam se sentiront peut-être concernés par cette tromperie caractérisée. Ils ont donné leur feu vert pour une légère nuisance, les habitants auraient l’enfer sonore en retour ? Et ils paieraient la réfection des routes abîmées tandis que Gaudriot encaisserait les dividendes ?
Il ne faut pas poser le problème du projet CIBV dans l’impasse de la situation économique présente, avec ses « emplois à la clef ». Il nous faut penser le tout, intégrer la réflexion énergétique dans la question politique et sociale. En attendant, la lutte contre la légalité de ce projet est de toute première nécessité pour le Limousin, et utile pour la construction d’une réflexion alternative. No passaviam !
Corrèze Pondant





