
En dépit d’un système politique totalitaire, écrasant, qu’est-ce qui fait que les personnes qui se souviennent éprouvent à la fois de la colère, de la rancoeur, et un sentiment amer de nostalgie ? Certainement l’humanité qui ne peut être totalement écrasée. Svetlana Alexievitch donne vie à l’histoire à travers cette transcription de témoignages relatant des détails de la vie quotidienne sous le régime soviétique. « Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. » Les expériences forcées, subies, les disparitions de proches donnent aux souvenirs toute leur ambivalence : douloureux mais témoins de ce passé qui a forgé l’identité de cette somme d’individus, tous unifiés malgré eux, au sein de cette histoire commune aux différents peuples de l’ex-URSS. De ce livre émergent les faiblesses de tout système politique uniforme : d’un côté, une reconnaissance infaillible de chaque personne dans l’état, de l’autre, une accumulation d’existences privées tournées vers les richesses. Le témoignage humain, l’exhumation de souvenirs enfouis dans la mémoire individuelle et collective, semblent avoir la force de renverser nos questionnements politiques binaires opposant communisme et capitalisme. Le modèle capitaliste ne peut apparaître comme une libération pour ceux dont l’auteure dit qu’ « ils ne se rendaient pas compte de leur esclavage et même, [qu’] ils l’aimaient, leur esclavage. ».
La Mouette




