
En la chaleur de la crèche braille un nouveau né
Il crache du lait caillé, baille et s’endort
Dans le vent froid frissonne un âne sans bonnet
Tandis qu’un bœuf veille l’enfant tel un pandore
Le ruminant mastique deux ou trois brins de paille
– En saison de disette, se contente de peu –
De son mufle il exhale une haleine animale
Baignant de tiède buée le petit merdeux
Du céleste marmot dans ses braies ligoté
La pâleur de la chair attendrit le bovin
Qui, de sa langue râpeuse barbouille le nez
– Lui aussi fut petit et du pis se souvient –
A la paille rêche trouvant plus à son goût
Le suave et laiteux parfum du nourrisson
D’une seule bouchée plus ingénu qu’un loup
Le bestiau engloutit le divin avorton
Promis à guider les pas de l’humanité
Un destin marqué de l’estampille du ciel
Peut aussi s’achever, quelle banalité !
Par un homicide bêtement naturel
Didier Bertholy




