
Un nourrisson, enfin une nourrissonne. Rigolo, cela sonne comme oursonne. Vous savez, ces toutes petites choses, qui nous font faire des Ah, et des Oh, au moindre battement de cils, et que nos hormones nous poussent à prendre dans les bras, même s’ils ne demandent rien, surtout s’ils ne demandent rien. Et, je suis SA mère-grand. Yaouh !
Vous avez intérêt à dire Yaouh ! C’est nécessairement bien, merveilleux, tu vas voir, et tutti quanti. Pauline est enceinte ? Oh tu verras, c’est…c’est… Surtout, t’as les plaisirs sans avoir les soucis, hein ! Devant tant d’enthousiasme amical, j’ai retenu mes doutes. J’en ai toujours. Je suis née douteuse. J’ai souri. De toutes façons, j’étais contente. Pour le reste j’attendais de voir.
Prête à ouvrir mes yeux et mes oreilles, forte de l’entraînement réalisé avec un couple d’amis trentenaire et sa petite fille, juste d’un an plus âgée, et surtout prête à d’abord fermer ma bouche. Je conserve en mémoire vive les agacements crispés que m’avaient provoqués les conseils continus du style « tu devrais la laisser pleurer (ça fait les poumons), tu devrais essayer de la régler, tu devrais… ». Donc à éviter.
J’ai vu. À cinq jours. Toute minuscule. Comme on rêve les bébés : elle dormait. J’ai regardé un moment. Elle est belle, elle est belle, elle est belle, tagada, flonflon. Et j’ai fait des Ah et des Oh, parce que j’y peux rien, les touts-petits petits, ceux qui n’ont jamais rien vu de leur vie, ça me fait craquer. Et j’aime encore plus voir les parents scotchés à leur progéniture, n’en revenant pas d’avoir fait ça ! Ceci dit, j’attendais le pincement du ventre, l’émotion physique qui me dirait que ça vient un peu de moi, un bébé différent. Rien, mais alors rien. Bon, c’est bien ce que je pensais le sang ne parle pas. Ouf.
Et je suis passée à l’étape suivante : s’apprivoiser. Certes, par rapport aux autres, à tous les autres bébés je veux dire, j’ai une légitimité. Je suis la grand-mère. Ma fille me regardait et je savais que j’étais légitime, même, elle me donnait une place : trop chou non ? Une salle de spectacle pour moi toute seule ! Mais légitime de quoi, je n’en sais trop rien. La légitimité n’a jamais ouvert l’obligation d’être bien avec et pouvoir prendre du plaisir à être ensemble. J’ai pris dans les bras, bercer, chantonner histoire de voir si la minuscule s’endormirait. Pourquoi tu la balances si fort, m’a dit ma fille ? J’ai réduit la voilure, fermement décidée à laisser les parents décider du comment faire et à suivre les consignes. L’apprivoisement de la minuscule suppose la confiance parentale, acquise presque, mais être attentive. L’art du copiage est parfait, la mère-grand ne décide pas, elle recopie avec quelques différences nécessairement. Mais menues, les différences : c’est presque pareil, mais pas tout à fait. Tout un art au départ, vraiment.
D’abord, y aller régulièrement, malgré la distance. Observer. Parler et prendre. Se laisser glisser, se faire plaisir, faire sourire, puis rire. S’habituer l’une à l’autre, et guetter la reconnaissance. Trop contente j’étais que de chantonner et bercer, et plouc, endormissement. Enfin, plouc, pas tout à fait. Plutôt, plouc, plouc, plouc. En trois fois. Sur ce point, les minuscules changent peu au cours du temps, l’endormissement n’est jamais acquis.
Penser à se mettre en sécurité, c’est à dire ne pas accepter ce dont je ne me sens pas capable. Pas la peine d’être en tension, j’ai plus l’âge. Répéter la mise dans le porte-bébé, et la mise en siège-auto pour que tout se passe sans anicroche. Je laisse ma fille m’expliquer, j’aime bien, même si je reconnais ne pas être toujours attentive « Maman, tu n’as rien écouté, là ! », et j’aime ce changement de position.
Mais au fait pourquoi tout cela ? Parce que cela me fait plaisir. Juste plaisir. Et que apprivoiser c’est construire cette reconnaissance réciproque qui fait le plaisir de se voir, et qui provoque enfin ce pincement de cœur, qui a tout d’une montée d’hormones construite.
Et quand j’apprends d’une connaissance, qu’elle va être grand-mère, je lui dis : tu verras c’est, c’est, ah c’est bien, mais surtout, surtout, ce qui est bien c’est de voir et entendre ton enfant avec le sien.
Mamielala





