
L’idéologie néolibérale est confrontée à plusieurs contradictions. Comment concilier une société de marché avec l’égalité, la liberté et la démocratie ?
Dans La Trousse corrézienne, l’article « Le néolibéralisme au risque du fascisme ? 1 » mettait en évidence que le néolibéralisme est par essence autoritaire. Et « Vous avez dit progressiste antilibéral ? 2 » rappelait que le libéralisme a trois composantes : politique, culturel et économique. Il convient de ne pas rejeter le fondement libéral de notre société. Mais nous pouvons estimer que le libéralisme économique de l’époque actuelle, dépourvu des mécanismes de régulation permettant d’établir une égalité concrète, n’est guère compatible avec le libéralisme politique, surtout vu au prisme des principes de la République française. JeanFabien Spitz écrit : « Avec le recul on voit […] que l’association naturelle du libéralisme politique avec le libéralisme économique est un leurre et que, partout, les États qui entendent défendre le marché comme système exclusif de production et de distribution des richesses tolèrent et promeuvent un renforcement autoritaire et une éviscération des mécanismes démocratiques et des libertés publiques, non pas tant des libertés personnelles, qui tendent cependant à se réduire, que des droits et libertés associées à la démocratie comme auto-gouvernement 3 . » Cela montre l’aporie à laquelle est confronté le libéralisme : le rejet des effets de sa composante économique par les peuples conduit les gouvernements qui veulent l’imposer à un illibéralisme politique.
Par ailleurs, selon les néolibéraux et libertariens 4 qui défendent un ordre exclusivement basé sur le marché, le libéralisme économique (avec la propriété) est le fondement de toutes les autres libertés. Cela est contredit par la réalité puisque cette logique conduit à l’oppression des faibles par les forts, les possédants. Ils font comme si l’abolition des privilèges de l’Ancien Régime avait une fois pour toutes mis fin aux dominations. Dans ce système, et contrairement au libéralisme des origines, la liberté de quelques-uns nuit à celle de la majorité. Le moyen va ainsi à l’encontre de la finalité, autre aporie.
Enfin, le néolibéralisme suppose l’absence d’intervention sociale de l’État et de toute action pouvant créer des interférences avec l’« équilibre » des marchés. Aussi apparaît-il fondamentalement en contradiction avec la notion même de république qui implique des régulations en visant l’égalité concrète et surtout la non-domination. De plus, notre Constitution prévoit explicitement que la République française est « sociale ». Donc, outre son incompatibilité avec le libéralisme politique, le néolibéralisme s’oppose non seulement à la république, mais aussi à la démocratie, qui, en s’exerçant, en régulant, « perturbe » la concurrence libre et non-faussée 5 .
CHRISTOPHE GIBIAT





