
L’argent est un métal précieux qui devrait l’être plus encore dans les proches années à venir puisque ses réserves s’épuisent. L’argent c’est aussi un élément chimique, bactéricide et germicide. Ainsi « Être né avec une cuillère en argent dans la bouche » ne désignait pas tant le nanti que l’invulnérable. Enfin ce métal est ce qui désigne la monnaie et plus précisément la quantité de monnaie. Il est réputé ne pas avoir d’odeur. Mais alors, par quel miracle passe t-il de l’état public à l’état privé et vice et versa ?
Le changement de main change parfois l’essence. Je paye le médecin : l’argent dépensé reste privé. Par contre, je suis remboursé du médecin par la sécurité sociale : l’argent public (ou quasi public) devient privé une fois dans mon porte monnaie. Je paye mes cotisations salariales et « hop » il redevient public une fois dans la caisse commune. Idem avec les impôts et les taxes. L’État reverse l’impôt sous forme de crédit à une entreprise (CICE, voire Ecophil LTC n°1) : « abracadabra ! », la tune redevient privée. Et pourtant, à chaque fois, il s’agit bien de la même « monnaie d’échange ».
Mais alors, pourquoi est-il gravé dans nos esprits que l’argent public n’est vraiment pas la même chose que l’argent privé ? Les libéraux soutiennent qu’il y a là une dichotomie irréductible de la liberté individuelle. Les socialistes sanctuarisent la conquête publique sur l’individualisme débridé. Les deux acceptent de fait les termes du capitalisme qui transforment le moyen de l’échange en une valeur intrinsèque. L’alchimie du langage permet pour les uns de s’enrichir « par soi même » en toute bonne conscience et, pour les autres, de satisfaire a minima l’égalité pour laquelle ils ont consenti à étatiser la charité.
Le médecin, payé intégralement par l’argent collectivisé et mutualisé mais de la main du particulier, se réclame de l’économie libérale. L’entrepreneur, payé en partie par un client bénéficiaire d’un crédit d’impôt pour la performance énergétique, trouve lui aussi qu’il génère seul sa richesse. Mieux encore, depuis 2004, dans le cadre des partenariats publics-privés (PPP), des multinationales se voient confier l’exclusivité d’un service auparavant public, qui en garde l’aspect, mais où l’usager participe dorénavant à l’enrichissement de quelques-uns. Une alchimie décomplexée.
C’est le mimi, le rara, le miracle ! Le particulier précipite l’argent de « public » à « privé » ! Il est à son insu le catalyseur de la recette du vieux grimoire. Et pour parfaire cette dernière, il suffit de fustiger les « assistés », ceux qui touchent directement des subventions : saltimbanques et associatifs qui voudraient faire dans l’économie solidaire, l’éducation populaire ou la culture… Les foutre à poil et leur faire porter le chapeau. Entre Arsène lupin et Garcimore, C’est fort ! L’illusion est parfaite. Mais il est déjà arrivé dans l’histoire que des alchimistes trop ambitieux fassent péter le chaudron.
Philippe Van Assche



