
Deux ordinateurs portables allumés, un téléphone blanc couvert de touches, un parapheur, des documents épars. Celui qui est assis derrière le bureau en « L » lève les yeux vers le photographe. Il semble surpris, stylo plume suspendu alors qu’il écrit avec concentration et application. Encore un détail : posée ostensiblement sur le dossier du fauteuil, l’écharpe tricolore du premier magistrat de Naves, désormais député. Christophe Jerretie aime à se présenter aux yeux des habitants dans ce décor d’élu affairé, simulant la spontanéité de l’instant tandis qu’il rédige son éditorial pour « Naves infos » n° 97.
Car il affectionne l’exercice de l’édito périodique. Pour que les navarois comprennent bien le sérieux de la fonction mayorale, ce qu’elle suppose de rigueur intellectuelle, de discernement, d’impartialité, pour trancher des questions graves et donner des arbitrages équilibrés dans l’intérêt général, il faut sans relâche donner des explications à ces administrés dont l’ignorance de la chose publique les incline à la critique gratuite. Alors, Christophe se livre à un effort de pé-da-go-gie.
Dans sa prose printanière, intitulée « Responsabilité et décision », Christophe s’emploie, dans le style alambiqué dont il a le secret, à développer son raisonnement. « Désormais, il est nécessaire d’évaluer avec plus d’attention le contexte juridique de chaque sujet et sur les conséquences futures ». Trois paragraphes sur ce ton, à la syntaxe et à l’orthographe approximatives. Et d’aborder l’objet de son propos : le centre équestre dont la commune a repris la gestion. La suite est dans cette même veine obstruée par le cholestérol d’une écriture empâtée. « Avant toute chose, ce dossier est complexe juridiquement et financièrement depuis l’origine et que très peu connaissent l’ensemble des éléments le constituant. » En français dans le texte !
Christophe Jerretie s’est sans peine retrouvé dans la conception de l’Etat start-up du jeune et ambitieux président. En bon entrepreneur dynamique, il appréhende la politique sous l’angle technique, juridique, gestionnaire. Comme un expert, quoi. Il l’a d’ailleurs rappelé lors de la séance du conseil communautaire de Tulle agglo du 15 mai : au moment de l’élection d’un vice-président délégué à la transition énergétique, n’a-t-il pas soutenu avec conviction qu’il fallait à cette fonction quelqu’un de « compétent » ? Et de proposer la candidature de l’un de ses collègues du conseil, ingénieur de métier, absent ce soir-là.
La politique, c’est du sérieux. Il faut laisser les affaires aux experts. Eux savent.
Blanche-Neige



