Je ne sais pas si c’est l’effet de la tequila dans le café, mais hier soir j’ai fait un cauchemar épouvantable. J’étais vautré sur mon fauteuil habituel, sur mon balcon, quand je fus pris d’une certitude flamboyante : tout s’éclairait d’un coup. Je voyais clairement comment le pacte de responsabilité de François Hollande commençait à avoir un impact indiscutable sur l’amélioration du niveau de vie du peuple. Que n’avais-je été parasité dans mon analyse par un antisocialisme primaire au point de douter de cette réforme. Je comprenais enfin que la hausse du RSA de 2% avait transformé la vie des plus pauvres, et je voyais des hordes de bénéficiaires la larme à l’œil défiler dans les rues pour bénir François le Président ; des papas portaient leurs enfants sur leurs épaules en leur disant : « tu vois, c’est grâce à lui tout ça ! » Et je voyais, arrivant de l’autre côté de la rue, des chefs d’entreprise, heureux aussi, d’avoir leurs vies simplifiées, leurs taxes allégées, heureux donc de pouvoir créer enfin des emplois décents au bénéfice de la population. Ces mêmes chefs d’entreprise qui, encore la veille, avaient des difficultés à trouver le sommeil parce que le fait de ne pouvoir distribuer leur richesse au peuple, à cause des charges sociales trop lourdes, ça les empêchait de dormir. Mais tout ça c’était du passé, l’étau social se desserrait enfin sur les entreprises, elles pouvaient donc librement exprimer leur philanthropie naturelle et distribuer à l’envi, contrats stables, rémunérations exorbitantes à leurs salariés. Elles pouvaient enfin investir à nouveau en France, mettant ainsi fin à l’exil qu’un État français trop interventionniste leur avait imposé. Et je voyais des cargos de machines outils, des chaînes de production entières, débarquer dans tous les ports français, des usines se réimplanter ça et là ; et chacun y allait de son coup de main dans une allégresse et une solidarité qui n’était pas sans rappeler 1969 et le but qualificatif de Keita face au Bayern de Munich qualifiant l’AS St-Étienne pour les huitièmes de finales de la Coupe d’Europe des Champions (NDLA : j’utilise cette image footballistique contre mon gré, contraint que je suis, de plaire au comité de rédaction de ce journal. Que mon lectorat veuille bien m’en excuser par avance, mais faut bien que je bouffe !) Je voyais dans une autre rue des défilés de banquiers radieux, en capacité enfin d’irriguer de leurs prêts généreux les ménages français, eux qui hier encore étaient pris à la gorge par une fiscalité trop sévère, retrouvaient aujourd’hui leur cœur de métier et le goût de le faire : aider son prochain en lui prêtant de la thune.
J’eus au milieu de la nuit une vision encore plus extraordinaire : j’étais en train de pisser dans mon jardin, à l’insu de mon épouse, quant, arrivant dans mon dos, Emmanuel Macron, me posant la main sur l’épaule, m’expliqua de façon on ne peut plus limpide, la réforme qu’il avait instauré et je compris enfin, moi, pauvre gauchiste mécréant, la formidable révolution sociale qu’il avait entrepris, dans une incompréhension généralisée, ce qui est assez coutumier devant les grands génies, le peuple n’étant pas très visionnaire en général. Il m’expliqua comment en plafonnant les indemnités prud’homales, ça allait être une avancée pour les travailleurs, oui, une avancée, en leur évitant de spéculer sur des indemnités extravagantes pour leur classe en restant dans des tranches plus conformes à leurs rêves les plus fous : en effet, un ouvrier, même éduqué ne peut rêver au mieux que d’un écran plat, ou d’une place en finale de la Ligue des Champions ! Il m’expliqua ensuite, bandant comme Dieu quant il inventa le septième jour, comment le travail du dimanche serait une libération contre l’asservissement des oisifs, puis comment la libéralisation des lignes d’autocar allait permettre au peuple d’irriguer le pays comme l’eau de mer en Hollande, après la rupture d’un polder.
Enfin, alors que je rechaussais ma bite (ouais je sais on dit pas rechausser, rechausser c’est pour le pied, mais des fois, ma bite, c’est le pied !), il m’expliqua comment les règles de licenciement collectif allaient permettre de sécuriser les entreprises souvent mises à mal par des travailleurs, syndiqués pour la plupart qui ne faisaient rien qu’à chipoter du groin à la moindre baisse de salaire.
J’étais extatique, béat d’admiration comme un paralytique devant une place bleue, quand… Quand mon réveil se mit à sonner, ou plutôt mon radio réveil réglé sur France Inter avec la voix de Patrick Cohen et en écoutant Patrick Cohen, je me dis : Tiens, lui, il a du bol, il dort encore !
Jean-Marc Vareille



