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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 20 · 7 septembre 2018

Guyom Touseul face à la Trousse

Guyom Touseul, poète chanteur

Je reçois Guyom Touseul, poète chanteur, que j’ai précédemment écorché dans la rubrique Critique limousine de La Trousse N°19. Il est sympa Guyom, il vient seul. Même pas fâché. Il veut nous parler de son album En vers et contre tout et de ses projets… mais pas si simple d’être entendu à La Trousse… Extrait :

Alors d’abord, qu’as-tu à dire au « Trousseux » (votre serviteur, ndlr) qui a émis des doutes sur ton album (cf LTC N°19) ?

Je n’ai pas pris ça comme des doutes. J’avoue que j’ai été surpris en lisant la chronique, parce que ça pique un peu. Je pensais défendre, à peu près, les même valeurs que La Trousse et j’ai été surpris de me faire rentrer dedans comme ça par moments. Ensuite, la chronique n’est pas que négative. Elle finit plutôt positivement, mais c’est vrai qu’à la première lecture…

S’en suit alors une justification un peu tordue de ma façon de faire des critiques dans La Trousse. Nous reprenons la suite de l’entretien en entrant directement dans le sujet principal : ses créations !

À qui s’adressent tes chansons ?

j’essaye de m’adresser à un public plus large qu’uniquement à des gens qui ont la même façon de penser que moi. Il y a quelques temps, j’avais des critiques de copains ou d’artistes autour de moi, qui me disaient : « c’est bien ce que tu fais mais c’est un petit peu trop orienté. » Le côté « militant » m’emmerde. […] Je ne veux pas dire aux gens ce qu’il faut penser […]. C’est pour ça que je dis que je fais de la chanson « impliquée », pas « compliquée ». « Impliqué » ce n’est pas tout à fait la même chose que « militant », ça n’a pas le côté « je vais te rentrer mon idée dans la tête, de force. », « impliqué » parce que je suis conscient de ce qu’il y a autour de moi et je ne fais pas que de la chanson « fleur bleue », même si parfois la poésie prend le dessus sur le « politique ».

Comme tu parles de poésie – et notre critique était ironique sur ce sujet (cf LTC N°19) – quelles sont tes réelles références ?

Il y en a un que tu as cité, c’est Pierre Perret, que j’aime beaucoup. Tu as aussi cité Souchon je crois (nda : Yves Duteil en fait) et Cabrel. Bon Souchon j’aurais bien aimé.

[…] J’ai commencé par écouter Renaud et Brassens, quand j’avais 10 ou 12 ans. Puis Higelin, Thiéfaine… Un peu plus tard, ce qu’on appelait la « nouvelle scène française » : Les Têtes Raides, les Ogres de Barback, Debout sur le Zinc, Carpates… Dans les choses importantes aussi comme l’écriture, il y a Alain Leprest que j’ai découvert grâce à Mon côté Punk. La Rue Kétanou… Enfin tout cet univers de chanson française, plus ou moins festif mais avec des textes qui ont une valeur quand même. Sinon, il y a aussi Anne Sylvestre qui est passé au Théâtre des sept collines récemment.

Tu te situes où là-dedans musicalement et au niveau des textes ?

Les premiers que j’ai cités, c’est chronologique : d’abord Renaud et Brassens à la maison, puis on m’a fait découvrir Higelin et Thiéfaine ; Boby Lapointe et les chansons de Boris Vian… Tout le reste, je l’ai découvert plus tard. Mais ils forment l’univers dans lequel je me situe. Les racines ce serait les quatre premiers et le reste découle de ça.

C’est quoi ton « ambition » pour cette album ? (En vers et contre tout, sortie en janvier 2018, ndlr).

J’ai déjà fait plusieurs CD mais c’est le premier que je considère comme le premier vrai album. J’ai enlevé plusieurs chansons. Il est plus court, parce que je voulais quelque chose de bien, pas de redite […]. J’ai essayé de garder celles qui comptaient vraiment. On a également beaucoup travaillé l’objet en lui-même avec Pascal Feix (nda : Kaal, dessinateur occasionnel dans La Trousse). C’est un ami et il m’a proposé de faire la pochette. Il m’a fait un superbe objet […].

Le but de ce CD, c’est de me faire avancer, d’avoir un bel objet pour me présenter. Qu’il puisse élargir mon public […].

Tu as vu une différence entre « avant » la sortie et « après » la sortie de cet album ?

Je dirais « oui ». Est-ce que c’est le CD en lui-même sachant que toute la réalisation a été faite à Des lendemains qui chantent ? Depuis sa sortie, je suis passé au Brive Festival – même si j’ai appris que c’était passé dans les mains de Vivendi (voir brève « Le Limousin colonisé par Vivendi » page 3) – et c’est une sacrée mise en lumière. Grive la Braillarde m’a contacté pour jouer chez eux en juin. Bref, j’ai eu quelques dates locales et je suis assez convaincu que c’est grâce à l’album […]. Je suis de Paris à l’origine donc j’ai encore un bon réseau là-bas, ainsi qu’à Bordeaux. J’ai découvert pas mal de lieux autour de la Corrèze : plusieurs fois à Périgueux, en Creuse, dans l’Allier… mais quasiment rien de vraiment local. Donc pourquoi, soudainement, ces gens là entendent-ils parler de moi ? Je pense que ça a joué en ma faveur.

Des retours sur ton album, en concert ?

C’est en concert que je vends mes CD. Autrement, ils sont diffusés à Tulle à la librairie Chantepage, au Taranta et chez un disquaire à Paris, également […]. C’est principalement en concert que je les vends, donc c’est que ça a plu un minimum. De façon générale, j’ai des bons retours.

Samedi dernier (18 août, ndlr), j’ai fais un concert en appartement à Bordeaux. Il n’y avait que des gens qui ne me connaissaient pas. Quelqu’un a dit : « C’est le nouveau Renaud », alors je lui ai dit : « ben non c’est pas moi, la place est prise, c’est Gauvain Sers ! » On me cite régulièrement des artistes de « plus haut niveau que moi » pour me comparer à eux, ça fait plaisir. Il y a parfois des trucs surprenants.

Gauvain Sers a eu son Renaud, toi à part Jean-Marc Vareille, tu as qui pour te lancer ?

(Rires) J’ai pas grand monde.

Pas de première partie de Ructor Vigo ?

Non pas encore, j’espère que ça va se faire… Non mais en fait j’ai personne…

Il y a peut-être des personnes un peu plus « installées » qui pourraient avoir envie de te proposer des premières parties par exemple ?

Je pense à un copain avec qui j’ai déjà fait des co-plateaux, Govrache, qui a été lui-même mis en avant parce qu’il a fait les premières parties de Gauvain Sers. Cette été, je suis allé en vacances à côté d’un petit festival dont j’ai oublié le nom, en Ardèche. Je savais qu’il passait sur scène alors je lui ai envoyé un SMS pour qu’il me fasse une petite place, ce qu’il a fait […]. Sinon, il y a Jeph aussi, anciennement chanteur de Tournée Générale, un groupe qui avait une bonne petite renommée du côté de Nancy. Cet été il est passé dans le coin et m’a proposé de faire la première partie de son concert.

Toi aussi tu veux aller chez Drucker comme Gauvain Sers ?

A priori, je préférerais avoir le style de carrière des Ogres de Barback. Pas forcément faire de télé ou passer à la radio mais avoir quand même un public, une espèce de « lame de fond » toujours là, plutôt que montrer mon cul chez Drucker. Et si ensuite Virgin vient pour me faire signer, je ne sais pas ce que je ferai…

Pour ce genre de carrière, tu cites Les Ogres de Barback, tu aurais pu citer Thiéfaine. Deux styles d’écriture ou musicaux qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. Alors qu’est-ce qui fait qu’il n’y a pas deux Guyom Touseul ?

(Dubitatif) putain c’est dur ça ! […] Je ne sais pas, je me vend très mal. Peut-être ma façon de dire les choses. Je suis trop le nez dedans.

L’humilité peut-être ?

Ça on me le dit effectivement régulièrement. Sinon « sincérité »… Encore une fois, ce sont des valeurs un peu « bisounours » (rires).

C’est quoi la suite ?

J’aimerais bien sortir un autre CD dans pas trop longtemps. Là je suis dans une phase de début d’écriture. J’essaye d’en faire quelque chose, c’est pas encore ça. Par exemple à Bordeaux, j’ai joué un nouveau texte. En le jouant je me disais « là, ça ne marche pas, c’est trop ceci, c’est trop cela… »

Sinon, jusqu’à présent, j’ai surtout tourné hors de Corrèze. Maintenant j’aimerais bien tourner un peu plus localement, à Chanteix par exemple où on m’a dit que j’aurais ma place. Il faut que j’aille les voir.

Il y a trois ou quatre ans, j’ai joué en Creuse dans un petit village de cent-cinquante personnes. Le café était plein. Les gens étaient contents qu’on vienne les voir. J’aimerais bien aller voir les gens chez eux, que quelque chose se passe, qu’on discute ensemble ensuite. Pas que des concerts comme celui du Brive Festival où l’on est séparé du public. C’est un autre exercice […].

Localement, tu te sens plutôt Gauvain Sers, Pierre-Paul Danzin, AJM, Ingrina ou autre chose ?

Je ne connais pas Ingrina (voir « critique limousine » page 9). Je dirais Pierre-Paul Danzin et AJM. Je me sens assez proche d’eux. Pierrot, c’est par rapport à son univers poétique et AJM par rapport à son univers engagé, un peu plus festif et qui joue aussi pas mal sur les mots. On a déjà parlé de faire des petites tournées communes. Sinon en local, j’aime bien Vlad, même si musicalement c’est pas du tout le même genre. Mais je pense à la formule de Mon côté Punk : « la crête, c’est dans la tête. » La mienne est en-dessous de la casquette.

Quelque chose à rajouter ?

C’est maintenant ou jamais… Non je pense qu’on a fait le tour.

Nous continuons notre discussion en « off » comme disent les vrais journalistes et j’accompagne Guyom dehors pour faire une photo. Plus détendu qu’en début d’entretien, gageons qu’il ne me tienne pas trop rigueur de ma critique « subjective, comme on aime » parue dans la dernière Trousse.

Pluton 427

Guyom Touseul en concert
L’entretien avec Guyom Touseul

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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