
Sur leur site Internet comme sur leurs documents de communication il est écrit en gros : « Faites pousser une ferme en Limousin grâce à l’épargne solidaire ». On les a lus dans les journaux, entendus sur les radios et vus à la télé. Eh oui, c’est aussi comme ça que l’on s’installe agriculteur aujourd’hui, à grand bruit. Mais pourquoi tant de bruit d’ailleurs?
Julien Losfeld, Charline Bougeois et Thomas Bonvoisin, membres du collectif nous racontent.
Petite histoire.
Ils sont onze âgés de entre 25 à et 28 ans à porter ce projet. Dix se sont rencontrés dans une école d’ingénieur agricole Lilloise. Leur rêve de ferme collective n’était, jusqu’en 2012, qu’une blague dont on parle au bar. Le 6 janvier 2012, un groupe se retrouve pour aborder formellement l’hypothétique installation : « Nous ne savions même pas qui il allait y avoir, on en parlait tous mais on été pas hyper potes. Après on est tous parti en mémoire de fin d’étude tout en essayant de se voir toutes les 2, 3 semaines. Notre choix était de se laisser le temps de travailler un peu, chacun de notre côté avant de se lancer ». Ils ont donc travaillé un an dans les réseaux paysans : Ardear (2), terre de lien, solidarité paysan, confédération paysanne, manger bio, CIVAM (3)… et deux d’entre eux comme ouvrier agricole. « Nous étions aux quatre coins de la France et on galérait un peu pour se voir. Au bout d’un an on a tous démissionné et on s’est rejoint en Limousin. Le limousin parce que nous nous y réunissions régulièrement et avions commencé à y rencontrer du monde, à y passer de bons moments. Et puis la région est jolie. Nous cherchions aussi une région non »recouverte d’alternatives« (comme la Bretagne ou Rhône Alpes). Du coup nous nous sommes installés là, avons habité tous ensemble et avons recherché une ferme pendant un an ». Cette année-là leur a servi à monter le projet sous ses aspects techniques (par activité) et financiers. « Une fois la ferme trouvée il a fallu adapter un peu le projet ».
Alors voilà, le collectif est constitué. Il s’est testé pendant un an dans le vivre ensemble, en pensant l’action. La ferme choisie est dans le secteur de Saint Yriex la Perche, en Haute Vienne. 78 hectares de surface agricole et de nombreux bâtiments d’exploitation. Un endroit où tous se projettent sur du long terme. Une ferme de taille moyenne dont onze tireront un revenu. Une ferme pluri-active ! Ouf !
Leurs objectifs.
Les objectifs sont sans équivoque. Dégager onze salaires, travailler en collectif et proposer une agriculture paysanne. Une agriculture à échelle humaine, biologique, avec un maximum d’autonomie alimentaire, énergétique, sociale et en matière organique. La commercialisation sera en circuit court. Et puis, le défi parmi les défis : être autonomes et libres dans les prises de décisions tout en limitant au maximum la hiérarchisation.
Les activités.(tous les chiffres sont l’objectif à 4 ans – je propose : les chiffres annoncés correspondent à l’objectif à 4 ans)
6 ateliers seront présents sur la ferme : 4 ha de maraîchage avec 4000 m2 sous serre concernant 3 personnes ; avec une partie en diversifié et une autre en grandes cultures (pommes de terre, betteraves, carottes). Quatre personnes et demie travailleront à l’élevage de 15 vaches bretonnes Pie Noir, de 70 chèvres poitevines et de 35 porcs. Une personne et demie seront sur l’atelier de transformation du lait en fromages, crèmes, fromages blancs et une partie du lait sera vendu brut. Une personne sera céréalière et boulangère tout en travaillant avec le réseau semences paysannes. Une autre sera productrice d’orge et de houblon puis brasseur (le houblon étant malté ailleurs). De nouvelles bières blondes, ambrées, stout… seront produites en limousin. Le dernier de la bande a un bureau d’architecte-charpentier et travaillera comme salarié agricole à mi-temps (il a en tête un atelier volaille pour la suite).
Comment financer tout ça?
Dix des onze seront collaborateurs au sein d’un GAEC (4). Ils arriveront sur la ferme en octobre. La ferme est en cours d’acquisition. En septembre l’achat sera clos. C’est Terre de lien qui achète les terres (300 000 €), une SCI (5) qui achète le bâti (300 000 €) et il reste les investissements du GAEC pour structurer l’outil de travail (emprunts bancaires et fonds propres sur présentation d’un prévisionnel à 5 ans). Le collectif peut financer la SCI et une partie de l’équipement de la ferme.
La période en cours est dédiée a battre la campagne pour mobiliser de l’épargne solidaire.
Hélène, Thomas, Charline, Justine, Pierre, Clémence, Jean Baptiste, Joséphine, Thomas, Julien et Maxime promeuvent leur initiative au travers d’une « tournée »Limousine (6) lors de laquelle vous pouvez les rencontrer.
Si vous avez un peu d’argent solidaire, envie de voir exister ce genre d’initiative n’hésitez pas. La collecte dure jusqu’en septembre.
Si vous êtes de ceux qui, un peu réac, trouvent que devenir paysan c’est en chier pendant 20 ans tout seul dans son coin, que ça doit être dur pour tout le monde parce que pour vous ça l’a été, les rencontrer c’est surement l’occasion d’évoluer un peu. Et puis soyez rassuré, ils vont en chier.
Pascal Brette
(2)Les ARDEAR ont vocation à accueillir tous les porteurs de projet et à leur proposer un accompagnement global où le projet de vie doit être pleinement intégré au projet professionnel.
(3)Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural
Pascal Brette



