La première question que je me suis posée concernant le disque de Monsieur Plume, c’est s’il était en train d’enlever ou de boutonner sa chemise. Quelle était l’intention ? Là-dessus les avis divergent. Était-ce « Je me mets à nu, je suis là devant vous dans la plus grande simplicité » ou bien « Attendez trente secondes, vous me prenez au saut du lit, mais j’arrive ! ». D’aucun diront que ça a peu d’importance, soit. À l’écoute, je me suis dit plusieurs choses, outre que c’était plutôt réussi. Je pensé que c’était un joli disque, un peu du genre pour enfants, un univers poétique et sensuel, de l’aquatique, de l’onirique et des mélodies qu’on retient et qu’on aura plaisir à écouter et à chanter en famille, en voiture le matin, en allant à l’école parce qu’on habite à la campagne et que le bus passe trop tôt. Tant qu’il y a encore du pétrole, ma foi. Les bons disques pour enfants peuvent plaire aux grands et vice-versa. C’est ce que répondait je ne sais plus quel grand parolier à la question « À quoi reconnaissez-vous une chanson réussie ? » : « Elle plaît même aux enfants ». C’est comme ça que les miens connaissent sur le bout des doigts le répertoire de Nougaro et que petite, je chantais Gainsbourg avec passion (et sans trop comprendre). C’est donc ici un disque à partager, léger et doux, avec du charme. Des chansons qui prennent le temps.
il s’agit de quitter la terre de Virginie Meunier (Les Films du Tamarin, 2014) par christophe gibiat
Ce film documentaire évoque la pensée d’André Gorz, philosophe de l’écologie politique et du travail. La réalisatrice semble avoir été marquée par la lecture de Métamorphoses du travail, paru en 1988. Pour évoquer son contenu et le lier au quotidien d’individus aux parcours professionnels différents, elle interroge six personnes et réalise ainsi un film d’entretiens croisés. Des citations issues du livre servent parfois de support aux échanges ou d’illustration des propos. Il est question d’activité
professionnelle, de travail, de temps libre ou de revenu (de l’activité ou inconditionnel). Ce documentaire de 65 minutes constitue un moyen simple de découvrir une part de la pensée stimulante du philosophe, que l’on soit totalement d’accord ou pas avec sa pensée (le sujet du revenu universel par exemple, sur lequel il a changé d’avis).
Note : Le DVD est disponible à la médiathèque Éric Rohmer de Tulle.
Sang noir. Chasse, forêt et mythe de l’homme sauvage en Europe. de Bertrand Hell (L’œil D’or, 2012) par marine legrand
Chasse, pêche, nature et…safaris dans les forêts ? Presque personne ne s’adonne à ces joies (à peine 1% des hexagonaux), pourtant la chasse n’est pas un vieux machin. Même à l’état de fantôme, c’est une activité qui structure toujours les sociétés européennes. J’ai enfin vraiment compris ça en me plongeant dans la prose de Bertrand Hell, un ethnologue à la mode classique. Sa spécialité, c’est la possession, la magie qui soigne. Pourquoi diable s’intéresset-il à la chasse ? Parce qu’elle nous parle de cette coupure toujours entretenue entre le monde domestique et le monde sauvage, celui des forêts : là où faire couler le sang noir, celui de la fureur qui peut tout emporter, remet en retour la force vitale en circulation… Mazette ! À boire et à manger, à rediscuter ! Tout ça mérite une certaine attention à l’heure où le permis de chasse est récemment devenu national, permettant à ceusses qui en ont les moyens de se promener d’une contrée à l’autre à la recherche de trophées, tandis que d’autres, paysans redevenus, trépignent tout sourire à l’idée de poser des collets.
– la trousse corrézienne n °32 – 15
Ploum




