
Lorsque tout semble politiquement se défaire autour de nous, voire en nous, il faut se demander sur quel squelette idéologique se structurent nos pensées, nos actions et le monde que l’on construit.
Le moteur du système économique capitaliste n’est pas autre chose qu’un état d’esprit entretenu des bancs de l’école jusqu’à la tombe, en passant par les stades. Il est à l’œuvre aussi bien au sein des nations et des entreprises privées que chez les individus, toutes entités d’ailleurs créées par le capitalisme en remplacement des mondes communautaires d’antan – le village et le « pays », la famille, les êtres humains membres de communautés de vie.
Nous voilà condamnés à lutter les uns contre les autres à perpétuité, même dans nos loisirs. S’il est sain pour chacun de courir pendant son temps libre lorsque le travail et la vie domestique ont empêché de bouger suffisamment pour se sentir bien, il est vain de le faire en cherchant à arriver en tête, sinon très occasionnellement par jeu. Et si, le dimanche matin, je ressens le besoin de courir pour me sentir bien, c’est que mes activités quotidiennes de la semaine n’ont pas été libres mais contraintes.
Le fait que des activités sportives orientées vers la compétition soient devenues des professions en dit long sur la nature du capitalisme, qu’elles célèbrent. Les JO sont sa grand-messe, le Tour de France sa célébration française majeure. Ces jours, soi-disant de fête, concentrent les esprits vers un seul but : la victoire de la personne ou de l’équipe que l’on a choisi de soutenir (chacun choisissant en fonction de ses liens communautaires). Or, comme nous ne sommes pas sur le terrain des idées mais de la force physique, une victoire signifie qu’il y a eu combat entre gens ennemis – c’est, du moins, ce qu’induit le vocabulaire toujours utilisé en la matière.
Les compétitions sportives créent des camps ou fédèrent des camps préexistants, qui s’organisent en clubs de supporters. La compétition s’étend dans le temps et l’espace. Pour le meilleur : rassembler. Et parfois pour le pire : la violence dans les stades et dans la rue. Le dernier degré de la compétition, c’est la guerre.
Ce n’est pas une bonne préparation aux débats. Or, nos échéances électorales voient naître des combats. En particulier aux municipales, à cause d’une forte prime aux vainqueurs guère de nature à favoriser une saine ambiance de travail au sein des conseils municipaux. Cette situation est dangereuse. Car le premier degré du travail, c’est la paix, des coopérations plutôt que des compétitions.
La structuration du personnel politique en partis tend, elle aussi, à transformer les lieux de débats en arènes. Les partis s’organisant comme des armées, leurs militants reçoivent une ligne directrice qu’ils suivent en obéissant, la pensée devenant une option. Les passions, elles, sont exacerbées par la lutte vers les premières places dans les sondages, dans les urnes, dans les organisations territoriales, voire dans les organisations partisanes elles-mêmes. Nous entretenons l’esprit de compétition parce que nous sommes pris dedans.
Par FRANÇOIS CHEVALIER





