![Éduquons – Prononcer [Eh-du-con] — La Trousse corrézienne n°50](https://la-trousse-correzienne.org/wp-content/uploads/2026/10/trousse-50-eduquons-prononcer-eh-du.webp)
Parlons éducation, éducation en ouvrant large le mot et pas seulement vers l’autre, éduquons-nous déjà ! Élevons-nous ! Lisons, discutons, écoutons. Pratiquons !
Éduquer inclut l’acquisition d’usages sociaux, de savoir-être en société. Éduquer, c’est former et se former à être en relation avec l’autre, à entendre des paroles, voir des gestes, recevoir de l’information. Apprendre à prendre en compte, à tisser des liens. À être au monde dans son entièreté et sa diversité. Des apprentissages sociaux qui diffèrent d’un milieu à l’autre, ce qui touche à la classe, à l’origine sociale donc mais aussi au genre, à la race, au handicap, à la différence. Éduquer conduit à s’interroger sur le vécu d’un autre, non pour prendre la place, mais pour découvrir en relief que chacun de nous porte des points de vue socialement, culturellement, historiquement situés. C’est oublier l’objectivité et accepter la subjectivité de notre monde construit, de nos histoires multiples. S’emparer de ce point de vue situé, le tester, se l’approprier pierre après pierre, le déconstruire, trier et reconstruire, en laissant grandes les ouvertures aux questionnements. Éduquer c’est un entrelacs complexe et unique pour chaque personne. Avec des portes d’entrée différentes. Pour aborder ce vaste sujet nous avons constitué un mezze de propositions variées dans lesquels chacun pourra piocher à son gré. Les thèmes ont été choisis selon les propositions, les affinités aux sujets, aux personnes et aux possibles. Ce sont quelques portes.
Une partie est abordée ici, dans les pages qui suivent : l’école, les médias et l’information, le féminisme, la coopération, le consentement. Une autre partie est à vivre les 3, 4 et 5 mai à Tulle, au festival Éduquons porté par La Trousse en partenariat avec l’OCCE et le collectif Gesticulons en bas à gauche. Le festival vous propose trois conférences gesticulées sur : l’adolescence avec Katia Lang, Mais Madame, vous n’êtes pas payée pour nous rendre heureux ; la matérialité nécessaire pour faire partie de la société avec Sofi, Y’a Pas de Nous Sans TOIT ; les différences dans l’apprentissage avec Aurélien Pellegrinelli, Cahier de liaison d’un éducateur dyslexique. Entre les conférences, sur les trois jours, de nombreux autres temps et thèmes sont prévus, fruits de collaborations multiples. Notamment sur la presse et la critique médiatique par le biais de La Trousse, et un atelier dédié au langage et en particulier à la langue de bois avec Thierry Rouquet. L’ensemble est à partager sans modération.
L’Arbre Planète Par L’INSTIT.
Une douzaine d’enfants de l’école du bourg étaient assis au pied de l’arbre, bien plus que centenaire, le grand-père de tous les hêtres de la contrée. L’instituteur de cette classe unique en milieu rural, raconta ce jour-là le compagnonnage millénaire du hêtre et des hommes qui, aujourd’hui encore, plantent de tout jeunes arbustes de cette essence en se promenant sur les chemins, les halliers et les guérets de la forêt. Il leur conta les belles, blondes et larges planches robustes accompagnaient la vie des habitants des
et légères,
hameaux, du début jusqu’à sa fin… Le hêtre massif de la table du séjour avec sa paire de bancs, celui de la grande armoire de la chambre et des bois du lit, celui encore des chaises, très ouvragé, de la salle à manger, avec sa lourde table d’orme 1 . Il leur conta le menuisier qui aimait travailler ce bois, avec ses ciseaux, ses gouges, ses rabots et ses varlopes, le paysan qui en faisait des manches de toutes sortes, et même des couteaux… Les feuilles du grand hêtre, par milliers, qui frissonnaient, alors qu’il n’y avait pas la moindre brise. On eut dit qu’elles allaient se détacher comme autant de petites voiles turquoise. Le maître se tut. Les enfants, silencieux, resserrèrent leur petit cercle chamarré. Le grand arbre, débonnaire, écoutait. C’était le temps des secrets très anciens, et les enfants l’avaient bien compris. Le maître conta le sabotier et sa grande tranche affûtée, liée à son socle par un anneau, qui demandait beaucoup d’habileté à l’artisan pour dégrossir la masse grasse du bois de hêtre ; les grosses gouges en cuillères, les vrilles de toutes tailles et l’odeur du cuir des brides, et les clous à grosses têtes pyramidales… À ce stade de cette très belle leçon de vie et de choses, il éprouva le besoin d’expliquer que la
Programme en dernière page de ce journal !
différence entre un artisan et un artiste était loin d’être évidente, tant tout est question de talent et rien de plus. Les enfants comprenaient, il en était sûr ! Il leur parla enfin du hêtre dans la fin de la vie des hommes, du hêtre dont les plus belles planches, mises de côté par le menuisier, serviront à créer la grande boîte lisse et oblongue qu’on descendra en terre dans les larmes et le recueillement. Ce bois courant était, par excellence, celui du cercueil des pauvres, bien avant le sapin. Les enfants se levèrent en silence, s’ébrouèrent quelque peu, assaillirent le maître de questions, tout en dansant autour de lui, en rejoignant le bourg. Il fut décidé par le petit groupe que cet arbre du hameau de Minchamp, le plus beau de la commune, s’appellerait « L’Arbre Planète ». Allez savoir pourquoi ?
1. L’orme, autrefois « l’aubrà », l’arbre en patois, a disparu du territoire national. Il a été remplacé par le chêne qui est, désormais, « l’aubrà » dans nos campagnes.
11 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 50
LES PETITES MAINS DE LA TROUSSE





