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La Trousse Corrézienne

Chez nos voisins, LTC 3 · 4 septembre 2015

Du rififi en Aveyron

« Non au Transfo » : l’affiche aveyronnaise

St Victor et la transition énergétique

Les passions se déchaînent chez nos voisins aveyronnais, plus précisément sur la commune de Saint-Victor, située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest du Larzac sur un plateau dominant les Raspes du Tarn. Depuis cinq ans un projet porté par RTE (Réseau de transport d’électricité) visant à agrandir un transformateur électrique est fortement contesté par une partie de la population.Les opposants dénoncent la volonté de RTE de vouloir créer les conditions favorables au développement de parcs éoliens de grande taille sur le plateau du Lévezou.

Les pro et les anti s’affrontent, que ce soit sur l’éolien, le nucléaire et au final sur la notion du vivre ensemble… Pour faire le point sur cette affaire, très emblématique de l’état de notre société, nous avons décidé de donner la parole à Thierry Castelbou, qui écrit dans le célèbre bi-mensuel « Gardarem lo Larzac », en publiant son article intitulé « Questionnement sur la mise en cause du développement de l’industrie éolienne ».

Sans hésiter, dans un premier élan, je me suis senti solidaire des opposants au transformateur de St Victor : comment accepter une telle nuisance ? Et même avec un à priori favorable à l’énergie éolienne, je me suis laissé interpeller par leur mise en garde face à un risque de colonisation industrielle d’un territoire rural. Le raccordement des aérogénérateurs du Lévézou étant la raison principale du projet de nouveau transformateur, c’est donc le développement de ce grand éolien que je me suis attaché à questionner, avec pour ligne de mire la sortie du nucléaire et avec pour référence principale le scénario Négawatt, un plan extrêmement élaboré et précisément chiffré de transition énergétique : il est possible, selon ce scénario, de nous libérer de notre double dépendance au nucléaire et au pétrole d’ici 2050. Voici donc un petit tour d’examen des arguments anti-éoliens. Je ne considère pas ici ceux qui condamnent l’éolien sans souci de transition énergétique en s’accommodant de notre modèle nucléaire, mais je voudrais questionner ceux qui me questionnent vraiment : les anti-éoliens qui se disent aussi et avant tout anti-nucléaires.

– La production française d’électricité est excédentaire. Pourquoi en rajouter avec de gigantesques éoliennes ? On produit en effet largement assez d’électricité en France, mais près de 80 % est d’origine nucléaire. La transition énergétique ne consiste évidemment pas à remplacer toute la production par une production éolienne. Il s’agit avant tout de diminuer les besoins. Le scénario Négawatt, en misant sur une meilleure efficacité énergétique et des choix de sobriété, prévoit de diviser par deux la consommation électrique spécifique et par trois la consommation totale d’énergie et de subvenir au besoin à 90 % avec du renouvelable. Or pour cela il évalue qu’il faudra 16.000 éoliennes terrestres, alors qu’à l’heure actuelle nous en avons implanté environ 5.000, dont une centaine sur le Lévézou. De ce point de vue, il ne parait pas illogique d’en prévoir quelques centaines de plus sur les plateaux ventés du sud du Massif Central.

– Grâce à ses barrages, l’Aveyron produit déjà beaucoup d’électricité. Il serait absurde et scandaleux de lui infliger en plus les éoliennes. Je n’ai pas trouvé de bilans départementaux en électricité. Ils existent par contre au niveau régional : Languedoc-Roussillon consomme plus d’électricité qu’elle n’en produit (17.000 GWh consommés pour 4.000 GWh produits), alors que c’est l’inverse pour Midi-Pyrénées (26.000 GWh produits pour 18.000 GWh consommés). Mais sur ces 26.000 watts, 60% proviennent de la centrale nucléaire de Golfech ! A l’échelle régionale donc, et en restant dans l’optique de réduire la consommation, ce qui ne peut se faire que progressivement, la sortie du nucléaire nécessite de nouveaux moyens de production. Même avec un souci de localisation, il ne me parait pas stupide d’établir une péréquation et une solidarité entre territoires en implantant des éoliennes dans des zones peu peuplées.

– L’électricité des éoliennes ne seraient pas destinée à la consommation locale mais à l’exportation vers l’Espagne. Il est vrai que la France vend de l’électricité à l’Espagne (6.000 GWh en 2013) mais elle en importe aussi de ce même pays (4.000 GWh) cette même année. La connexion avec la ligne de 400.000 volts qui passe à St Victor induirait bien que l’électricité éolienne aveyronnaise est appelée à voyager. Vérification faite auprès de spécialistes : l’électricité est toujours consommée par le plus proche demandeur connecté, c’est une loi physique. Celle produite sur le Lévézou ne sera donc destinée à l’Espagne ou ailleurs que lorsqu’il n’y en aura pas besoin à proximité. Le jour où, de gré ou de force, l’on fermera Golfech, l’électricité de « nos » éoliennes sera alors évidemment consommée dans la région.

– On reproduirait avec l’éolien le même système centralisé qu’avec le nucléaire. La concentration d’éoliennes sur les zones les plus propices à les recevoir n’est pas comparable au centralisme nucléaire : là où aujourd’hui 58 réacteurs répartis sur 19 sites fournissent 80 % de l’électricité, une transition vers une production renouvelable se basera sur une multitude de lieux de production.

– Le grand éolien ne contribue pas à la transition énergétique car il participe à produire plus et donc à consommer plus, alors qu’il faudrait plutôt développer une politique d’économie d’énergie. Mais ceci n’empêche pas cela : il faut à la fois réduire les besoins (cf plus haut le projet Négawatt) et développer de nouveaux moyens de production.

– L’éolien ne contribue pas à la sortie du nucléaire, puisque son développement ne s’accompagne d’aucune perspective de réduction du parc nucléaire. L’entêtement du gouvernement et d’EDF à miser sur le nucléaire est bien sûr déplorable, mais le développement des énergies renouvelables ne peut que donner des arguments supplémentaires à ceux qui militent pour l’arrêt du programme nucléaire et permettrait d’amoindrir le choc si la production nucléaire venait à défaillir brutalement comme au Japon en 2011.

– Les éoliennes participerait indirectement au réchauffement climatique : à cause de leur production intermittente, elles entraineraient une augmentation d’activité des centrales à gaz et à charbon pour compenser les baisses de vent. Cet argument est vivement réfuté par les spécialistes de l’éolien : le défaut de vent est précisément prévisible, et il peut être compensé par la présence de vent ailleurs, ou par le solaire, ou par l’hydraulique, ce que corrobore le scénario Négawatt.

– Les industriels de l’éolien n’ont pour motivation que leur business et se moquent de la transition énergétique. C’est possible. Mais demande-t-on des certificats de vertu aux industriels de tous les autres secteurs dont sont dépendants la plupart de nos besoins matériels ? Ce qui est regrettable, c’est que ne soit pas plus développée une filière éolienne citoyenne. Il s’agit là d’une question touchant plus à une transition économique et sociétale qu’à la transition énergétique.

– Les promoteurs de l’éolien transformeraient le Lévézou en une gigantesque zone industrielle. D’accord pour considérer comme une vilaine zone industrielle l’emprise d’un transformateur. Quant aux éoliennes, elles ne prennent que 30 mètres carré au sol, on peut cultiver à leur pied et les animaux peuvent y pâturer. Même en les comptant par centaines, les éoliennes n’affecteront pas tant le sol que la plus petite des zones commerciales ou artisanale que le moindre bourg se croit obliger d’étaler à sa périphérie.

– Les éoliennes présenteraient un risque considérable pour les oiseaux. Chaque implantation fait l’objet d’une étude d’impact à laquelle est associée la LPO, qui peut amener à modifier le projet afin de limiter les risques. Selon la LPO, une éolienne est cause de beaucoup moins de morts d’oiseaux que le réseau routier (30 à 100 oiseaux morts par an et par kilomètre) et que le réseau électrique (40 à 120).

Reste le problème des lignes électriques : on ne peut nier l’impact négatif des lignes THT sur l’environnement. Dans le cas de St Victor, RTE affirme qu’il n’y aura aucune création de nouvelle ligne de 400.000 volts et que la construction du transformateur permettra de réduire celles de 225.000 volts.

Au terme de ce modeste examen, je considère que tous les travers que l’on peut reprocher à la façon dont se développe l’éolien en France ne l’empêchent pas de participer aussi de fait à une transition vers un monde sans nucléaire, et sans occasionner de dégâts irréversibles. Je ne voudrais donc pas me tromper de combat et entretenir la confusion en proclamant « Ni nucléaire, ni éoliennes ». Et je me plais à penser au jour où nos petits-enfants démonteront ces encombrants à la technologie dépassée, ayant trouvé mieux pour satisfaire et surtout réduire leurs besoins énergétiques.

Notes

Cet article a été publié dans le journal Gardarem lo Larzac et est en ligne sur le site Larzac.org.

D’après Gardarem lo Larzac

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