
Pour la plupart des Français, l’année commence souvent par de mauvaises sensations : un sale réveil, mal au crâne, les tempes qui battent et le coussin qui sent fort le Ruinart et le beurre persillé. Comme d’hab dans la foulée, notre esprit faible nous sollicite pour se décider à prendre de bonnes résolutions pour perdre les petits kilos en trop. Cette résolution, certains en ont fait un business et c’est ce dont, à travers mon expérience, je souhaite vous parler.
Afin de prendre cette résolution au sérieux, j’ai ressorti mes vieilles baskets et hop je suis parti, casque sur les oreilles, cheveux au vent, objectif : vingt fois le tour du pâté de maisons.
Au bout de trois tours, essoufflé, à l’article de la mort, j’ai dû me rendre à l’évidence : cette solution n’est pas faite pour moi… Je suis donc retourné chez moi en marchant, mal partout, des crampes aux pieds, un point de côté et le nez qui coule, on est en janvier quand même et n’ayant pas le fameux « mental », Saint Graal du vrai sportif et véritable complexe du mou du genou, j’ai remis cette résolution au printemps, quand il fera plus doux.
Le soir-même, en allant à Noz pour acheter des bières de Noël à moitié prix, je suis passé devant une salle de sport quasi déserte et j’avoue que toutes ces machines m’ont interpellé. En plus, l’enseigne prétend qu’elle va te pondre un programme personnalisé moderne avec un suivi pour atteindre tes objectifs, tout ça pour quarante euros par mois. Ça fait cher mais si comme moi tu as des amis surfeurs body-buildés, tu ressembleras un peu moins à une bouée de sauvetage quand tu seras en ballade avec eux sur les plages d’Argelès.
Bref, je me suis abonné, engagé pour six mois. J’ai un peu honte quand j’y vais mais la salle étant souvent vide je peux faire ça incognito, je me dis que c’est pour mon bien et que faute d’avoir la pugnacité du sportif d’hiver, je vais pas lâcher quarante boules par mois à une franchise sans venir suer sur leurs machines au moins trois fois par semaine.
Au début on s’y tient, on se motive avec les statistiques de fin de session, on peut regarder où on en est du Tour de France depuis qu’on est inscrit. Moi ça fait un an et en terme de brûlage de calories, j’ai toujours pas atteint la Bretagne depuis Paris. Tout est fait pour mettre en place une sensation de bien-être, de motivation, de dépassement de soi mais pourtant, au bout d’un moment, l’illusion retombe et le décor devient vraiment barbant, vraiment triste. Le coach qu’on t’a promis est en fait virtuel, c’est juste un écran qui te donne ton emploi du temps tandis que les animateurs sont dans leurs bureaux à jouer au démineur. Les quelques abonnés présents ont leurs écouteurs sur les oreilles, les yeux rivés sur les écrans télé, fixés aux vélos à regarder Hanouna foutre des nouilles chaudes dans le slip de ses collègues, comme à la maison. En fait tout est tellement comme à la maison que rapidement la motivation flétrit. C’est d’ailleurs le peu de motivation qu’a l’air de procurer cette salle qui m’a conduit à m’interroger, tout en pédalant, sur les choix faits par ce genre d’entreprise et ceux qui la fréquentent.
En prenant du recul, on peut facilement comprendre que les salles n’ont pas vraiment d’intérêt à ce que leurs programmes nous remettent en forme rapidement puisqu’ils doivent conserver notre abonnement le plus longtemps possible. Mais pour eux, j’imagine que l’idéal serait de continuer à toucher nos mensualités tout en nous dissuadant délicatement de venir trop souvent. D’une part pour ne pas abîmer l’équipement, qui est un investissement très coûteux et aussi parce que le dispositif ne permet pas d’accueillir tous les adhérents. En effet, les animateurs se targuent d’avoir au moins trois-cents adhérents. Mais alors pourquoi la salle est-elle seulement équipée d’une trentaine de machines ? Si seulement 10% des adhérents peuvent fréquenter la salle en même temps, c’est forcément qu’on a misé sur le fait qu’ils ne viendraient pas. Dans la plupart des établissements le vide représente l’échec, ici c’est l’inverse, c’est un objectif. Et pour ne pas nous laisser filer ils ont fixé un tarif d’inscription à soixante-dix euros. Ce serait bête de se désengager au bout de six mois si c’est pour se réinscrire et payer de nouveau cette somme l’hiver suivant…
Quand on regarde comme ça le business semble vraiment juteux, plutôt bien organisé et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas basé sur l’importance de notre santé, ni de notre forme physique mais bien sur nos faiblesses, nos complexes, le manque d’originalité de nos résolutions et sur le fait qu’on ait décidé de s’en remettre, de manière générale, à une société qui nous assiste et nous propose des programmes pour tout. Penser, manger, boire, courir etc…
Alors faut-il y aller ou pas, je ne sais pas, pour l’instant le seul à avoir perdu du poids c’est mon porte-feuille mais je tenais simplement à pointer du doigt des petits malins qui assument, sourire aux lèvres, la malhonnêteté d’un management contemporain bien désolant.
Doodz


