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La Trousse Corrézienne

LTC 48 · 1 octobre 2023

Des maisons d’édition corréziennes

Des maisons d’édition corréziennes — La Trousse corrézienne n°48

Quand vous avez un livre entre les mains pour la première fois, que regardez-vous en premier ? Le dessin de la couverture ? La qualité du papier ? L’auteur ? Ou bien encore… la maison d’édition ? La plupart des lecteurs se préoccupent peu de ce dernier élément, et pourtant, sans les éditeurs, les livres et les textes qu’ils contiennent ne seraient pas ce qu’ils sont.

Le commun des mortels se figure les éditeurs comme des personnages, penchés sur l’épaule des auteurs ; or l’édition est un milieu professionnel, traversé de jeux de pouvoirs, peuplé, aussi, de petites mains. Ensuite, on se représente les maisons d’édition comme des entités puissantes. Or, il en existe de toutes les tailles, depuis les très grandes et très connues qui font tourner la planche à fric de la fast fashion littéraire en même temps qu’elles placardent des stars dans le métro et les gares, jusqu’aux toutes petites, associatives, qui ne reposent sur aucun emploi salarié. Entre les deux, une grande quantité de PME plus ou moins fragiles et tenaces. Au cœur de la chaîne de production du livre 1 , les éditeurs occupent une place plutôt risquée : puisque c’est là où s’opère le choix, et l’investissement. Or, parier sur un livre ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde, dans la mesure où il y a les éditeurs indépendants, qui n’ont pas forcément un gros matelas sous les fesses, et ceux qui s’intègrent à de très grands groupes enchâssés comme des poupées russes dans un marché aujourd’hui extrêmement, mais alors extrêmement concentré.

Revenons à la dernière dimension de notre cliché : l’éditeur est parisien. Il est vrai que le milieu se concentre à Paris, que les maisons qui y sont possèdent l’avantage d’être plus proches des jurys des concours qui comptent, des médias nationaux, de la majorité des librairies du territoire qui s’y concentrent aussi, etc. Mais, mais, ce n’est pas tout. Il y en a partout, y compris en Corrèze, des maisons d’édition. Or, la question de leur visibilité se pose, indéniablement, y compris au niveau local.

De l’édition contemporaine en territoire rural

Je voudrais vous présenter six maisons d’éditions du coin, sélection subjective mais pas loin d’être exhaustive, qui vise à balayer un peu de la diversité de ce monde si particulier.

Utopique. Accroché sur le flanc d’une vallée, le nid de la maison d’édition Utopique (anciennement 2 Vives Voix), créée en 2009, est celui de Jean Didier (lui) et Zad (elle), duo d’auteurs-illustrateurs déjà à l’origine d’une conséquente collection d’albums jeunesse. Avec Utopique ils publient leurs propres livres et ceux de bien d’autres. Au fil d’univers graphiques diversifiés, ils s’attachent à aborder des thèmes qui concernent forcément tout le monde, la solidarité, la différence, les migrations, les guerres. Et d’autres pour les cas particuliers de la vie, l’adoption, le deuil, la maladie d’un proche… Tout cela avec pédagogie et quand même de la rêverie.

10 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 48

Pour plonger dans le dur du monde avec délicatesse, vous pouvez par exemple aller voir C’était écrit comme ça.

Le Cadran ligné existe depuis 2009. Le Cadran ligné ne publie que de la poésie. C’est un univers littéraire à part. Laurent Albarracin, lui-même auteur de poésie, a sorti au départ des « livres d’un seul poème » : juste un feuillet. Puis, quelques années plus tard, des choses plus copieuses. La plupart ont la couverture sobre, blanche et matte, rarement illustrée. Titre en couleurs. De la poésie rugueuse, organique, propre à vous infiltrer dans l’entre-deux mondes, là où les mots ordinairement n’accèdent pas. Des textes qui peuvent être dégustés à plusieurs, dits à haute voix. Esthétique du machinisme agricole, de Pierre Bergounioux, est de ceux-là.

Hourra. Créée en 2019, à Lacelle, là-haut sur le plateau, la montagne limousine, par Olga Boudin, recrue des beaux-arts. Hourra croise poésie et politique de diverses manières en proposant des choses singulières, dénichées dans les marges : du côté de l’allure, couvertures unies, polices finement choisies, textes parfois illustrés de clichés noir et blanc. Ça claque. Du côté du texte, on trouve des choses historiques (Paroles sans raison, du peintre Paul Klee) et des choses contemporaines. Le poème peut aussi, ici, devenir médium de restitution d’une enquête documentaire. Ainsi, En habits de femme, de Zoltán Lesi, évoque la vie de Dora Ratjen, une athlète intersexe qui a concouru pour l’Allemagne des années 1930. Cri de guerre et de joie de Hourra : « Honneur à celles par qui le scandale arrive ! »

La Mérule existe depuis 2021. Créée en duo par Philippe Van Assche et Cyril Perrin, qui ont longtemps baigné dans le journalisme citoyen, notamment un certain canard corrézien ! Pour changer d’air, cette maison publie de la fiction. Longue et courte, pour parler du monde tel qu’il va, entre la tendresse et les miasmes. Couvertures colorées au graphisme pointu, illustrées de linogravure, de bricolages-photo… Sa première sortie, le recueil Gradation/Dégradation s’appuyait sur un concours de nouvelles, reproduit chaque année depuis. Du côté des romans ça navigue d’un univers à l’autre, de la géniale romance punk avec Surdose d’A. de Brice Gauthier au western pur jus avec La Mémoire des rives, de Christophe Vergnaud. La librairie d’occasion associée à la maison d’édition, Le Radeau de la Mérule rouvrira ses portes en octobre à Tulle, rue Jean Jaurès.

MARINE LEGRAND

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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