
Au-delà d’une histoire assez banale, hélas, de fermeture d’école, la polémique autour de la fin du RPI entre Davignac, Combressol et Maussac illustre bien la confrontation entre deux modèles de développement rural.
En 1987, les trois communes se sont regroupées afin de maintenir les écoles dans leurs villages. Combressol accueille les maternels sur une classe avec une ATSEM mise à disposition par la mairie. Maussac accueille les CP, CE1 et CE2 sur deux classes. Et enfin les CM1 et 2 à Davignac sur une seule classe. Donc quatre postes en tout.
Fin 2017, au vu de la baisse du nombre d’élèves l’inspection académique informe les trois communes qu’un poste sera supprimé sur le RPI et qu’il leur incombe de s’organiser en conséquence. Dans la foulée, le conseil municipal de Davignac vote le maintien du RPI, avec un enseignant dans chaque commune. Un poste à Maussac sauterait. Cette décision certes équitable est néanmoins unilatérale. En réponse, Maussac décide que le RPI à trois communes est mort et tend une perche à Combressol pour former un nouveau RPI avec les trois postes sur les deux communes. Exit Davignac donc et tant pis pour la cantine qui vient d’être refaite. Et puis ça tombe bien, l’instituteur en poste actuellement va prendre sa retraite à la rentrée prochaine.
Il faut dire que ce n’est pas la franche entente entre les deux maires. Un problème de personnes dit-on. Et au milieu les parents, qui n’ont pas été consultés. Le projet divise. Il y a bien sûr la grande majorité silencieuse, et puis il y a ceux qui veulent le maintien du RPI sur trois communes et ceux qui pensent qu’il faut tout regrouper à Maussac. Ce sont deux visions de société qui s’affrontent. Celle de la solidarité et celle du pragmatisme.
Maussac, situé entre Meymac, égletons et Ussel, sur un axe passant, a développé des lotissements et accueille de nouvelles familles qui travaillent dans les petites villes voisines. La grande majorité des enfants du RPI habitent Maussac. Seulement quatre enfants viennent de Davignac. Mais Maussac, comme beaucoup de villages qui ont fait le pari du lotissement a tendance à ressembler plus à une cité dortoir qu’à un village animé. Davignac, par contre, parce que plus éloigné des grands axes a fait le pari de la culture et de la vie locale 2. L’existence d’une classe sur cette petite commune de 240 habitants est un plus pour sa survie.
Les parents favorables au maintien d’une école à Davignac ne sont pas tous des habitants de la commune. Ils sont avant tout animés par une vision solidaire du développement du territoire et contre la concentration inégale des services publics. Ils ont décidé de constituer un RPI de fait avec une classe unique à plusieurs niveaux à Davignac. S’il y a dix élèves inscrits, l’inspection académique est obligée de fournir un enseignant. Ils sont treize à s’être engagés auprès de la commune, certificat de radiation à l’appui. Mais le DASEN3 a bloqué le poste vacant suite au départ en retraite de l’actuel instituteur. Au premier mouvement, aucun enseignant ne pouvait postuler. Pourtant, les parents savent que quatre personnes sont intéressées par ce poste. Des personnes motivées qui ne vont pas changer tous les ans et qui ont l’expérience des classes uniques ou à plusieurs niveaux. Une rencontre entre les parents et le DASEN a permis de légèrement débloquer la situation. Le poste est maintenant ouvert aux titulaires remplaçants. À la rentrée, l’inspecteur viendra compter les élèves et s’il y en a assez il enverra un enseignant, éventuellement un des titulaires remplaçants qui est parmi les quatre personnes motivées par le poste. Mais sans garantie.
Reste la question des transports. En effet, l’école de Davignac n’est pas l’école de rattachement d’une partie des élèves qui s’y est inscrite. Il est possible que le transport scolaire ne soit pas mis en place. Les parents ne pourraient alors pas maintenir leur engagement auprès de l’école. Mais si cette classe devait effectivement être ouverte à la rentrée, on aurait alors deux classes uniques [je suppose que la 2ème, c’est à Combressol, mais j’aurais bien aimé qu’on m’en dise plus sur ce qui se passe sur la 3ème commune…] à cinq minutes l’une de l’autre, et un risque pour Maussac de perdre un de ses deux postes suite aux radiations des élèves de Maussac pour soutenir l’école de Davignac. La quadrature du cercle…la suite à la rentrée.
1 RPI : Regroupement Pédagogique Intercommunal. Les classes de la maternelle au CM2 sont réparties entre les écoles des communes du RPI. C’est un moyen pour maintenir les écoles ouvertes quand les effectifs ne sont pas suffisants
2 Festival des musiques actuelles et Festival de théâtre « Acteurs Juniors »
3 DASEN :directeur académique des services de l’Éducation nationale
Julie Devès




