
D’abord, pourquoi Daesh, et non pas – selon l’expression utilisée à tort par les grands médias -, « l’État Islamique » ? Tout simplement, parce que Daesh n’est pas un État, mais tout juste une sorte de proto-État, dont le but consiste effectivement à établir un État terroriste (« Le Califat ») au nord-est de la Syrie et au nord-ouest de l’Irak. Ce groupe contrôle des territoires (dont il a perdus environ 1/3 depuis quelques mois) au niveau de son « sanctuaire », dispose d’une armée (avec des blindés lourds et légers et environ 30.000 combattants prêts à mourir pour tuer !) plus des richesses (en pétrole, par rapport à la vente de petites pièces archéologiques et des fonds fournis par certains riches familles d’Arabie Saoudite). Voici donc une analyse à propos de Daesh, concernant les origines de ce groupe « théo-fasciste » (terme employé depuis peu par de très nombreux historiens et politologues). Le monstre de cette secte totalitaire d’un islam politique sunnite (1) radicalisé naquit il y a fort longtemps en Arabie Saoudite, au moment de l’établissement de la dynastie royale des Saoud. Les Oulémas (docteurs de la loi), qui ne correspondent absolument pas à un clergé, contrairement à ce qui se passe chez les chiites (2) iraniens avec les ayatollahs et les mollahs, firent un chantage extrême pour accorder leur soutien à la dynastie en question. En effet, ils exigèrent des Saoud une application stricte d’une version radicale de la charia (loi islamique) fondée sur l’idéologie à la fois religieuse et sociale du salafisme et du wahhabisme sunnite. En somme, jamais les Saoud n’auraient pu dominer la péninsule arabique sans cette concession faite envers « un islam de cauchemars ». Ce monstre a progressivement grossi pendant l’Entre-deux-guerres. Mais, il est incontestable que les dirigeants Occidentaux ont commis de graves erreurs au Proche et au Moyen-Orient, erreurs qui contribuèrent à rendre ce monstre totalement adulte. Il y eut bien sûr avant tout la catastrophique Seconde guerre d’Irak lancée par Bush fils et les « néoconservateurs » (Républicains) américains, mais aussi le manque de réflexion préalable de Nicolas Sarkozy en Libye au moment de la chute du dictateur Kadhafi. En effet, d’une part, de nombreux officiers de l’ancienne armée de Saddam Hussein (l’ancien dictateur irakien) sont devenus des cadres de celle de Daesh, tout comme l’intervention française en Libye sous Nicolas Sarkozy, mal préparée et réalisée, provoqua une tribalisation et une guerre civile, des djihadistes armés jusqu’aux dents se ruant de plus vers le sud en direction du Mali – ce qui obligea François Hollande à faire intervenir très rapidement des forces françaises dans ce pays où des femmes musulmanes étaient violées et des hommes musulmans modérés avaient les mains coupées, sans oublier la destruction des monuments des saints musulmans locaux ! N’oublions pas enfin – en remontant plus loin dans le temps – le rôle au moins indirect que joua l’administration républicaine américaine dans la naissance d’Al-Qaïda (anticipation de Daesh sur de nombreux plans) lors du soutien apporté aux moudjahidines (3) en Afghanistan contre les Soviétiques, pendant les dernières années de la Guerre froide. (1)- Le sunnisme (de l’arabe « sunna », la « tradition ») correspondit, dès les premiers temps de l’islam (au VIIe siècle après J.-C.) à ceux des musulmans qui voulaient continuer de se situer dans la vision originelle du « Prophète » Mahomet. (2)- Le chiisme, lui, regroupa les partisans d’Ali, le gendre du « Prophète », ce qui engendra assez vite des différences importantes avec les sunnites, y compris par la suite des conflits armés. (3)- Les moudjahidines sont les combattants qui s’engagent dans le « djihad » en rapport avec l’islam politique, au niveau d’une conception agressive de ce terme, alors que ce concept n’a généralement que la signification d’un « effort sur soi » entièrement pacifique.
Jean-Luc Lamouché





