Les artisans, patrons et ouvriers, qui ont conçu la forme d’instruction et d’assistance mutuelle qu’est le compagnonnage, ne pouvaient pas imaginer l’information immatérielle à la « vitesse lumière », et pourtant…
Les occurrences aux « compagnons » remontent à 1420 sous Charles VI même si des légendes internes renvoient à l’Antiquité, au temple de Salomon. Sous l’Ancien Régime, l’organisation des métiers est construite autour de corporations intégrant trois états : apprenti, compagnon et maître. Pour les compagnons, presque impossible de devenir maître à moins d’être pistonné. Impossible aussi de quitter son maître sans son accord. C’est par réaction que seraient nées les premières sociétés de compagnons indépendantes appelées « devoirs ». Elle sont évidement condamnées par les pouvoirs étatique et ecclésiastique, l’oligarchie d’alors, et ce jusqu’au 19e siècle. Les compagnons sont très mobiles. Ils se transmettent leurs savoir-faire, leurs secrets et leurs rites. Ils forment des maisons gérées par une femme appelée « mère ». Ils organisent des grèves et se foutent régulièrement sur la gueule entre partisans de « maître Jacques » et partisans du « père Soubise » ou entre cathos et protestants ou encore entre ceux qui travaillent en l’air et ceux qui travaillent par terre. Comme un avant-goût de syndicalisme.
En 2012 le campus des compagnons, installé depuis trente ans à Brive, ferme ses portes faute de financement. En 2015 l’Association compagnonnique ouvre ses locaux à deux associations : Le 400, dont nous avons parlé lors d’un précédent article et le Campus de Formation Professionnelle Compagnonnique (CFPC). Au départ donc, c’est une demande de l’Association compagnonnique. Au départ aussi, deux associations pour une entité : un Tiers-lieu.
Un escalier qui les sépare et les relie. Un cœur de métier commun : le numérique et l’envie de transmettre. « Lorsque nous sommes entrés dans les locaux, c’était comme s’il y avait eu un arrêt sur image. Les outils étaient encore sur les établis » nous dit Daniel Freygefond (directeur du campus).
Après un tour d’horizon des métiers qui « ont de l’avenir », le choix fut fait de dispenser une formation sur les métiers de la fibre optique. C’est le « booster ». Tellement de boulot dans la région que les stagiaires n’ont même pas le temps de finir la formation. Courtisés par les entreprises, ils ont du travail avant le diplôme. Déjà trois sessions. Le CFPC est pôle de référence. J’ai échangé avec le formateur, discussion instructive. Et oui, l’information dématérialisée en térabit par seconde c’est pas que du virtuel. C’est des tonnes de fils, des tranchées, des soudures sur silice, des prises, des raccords, des terminaux… avec tout un tas d’outils spécifiques qui auraient leur place dans La complainte du progrès de Boris Vian. Un vrai savoir-faire.
Le CFPC propose aussi une autre formation – plus convenue pour des compagnons – aux métiers du bâtiment second-œuvre. en guise de plateau technique, les premiers stagiaires ont aménagé les locaux du Tiers-lieu (chantier formation). Plus valorisant que de monter des cloisons, poser du carrelage, plafond, sanitaires, électricité et peindre le tout pour les démolir ensuite. Pour les prochaines sessions, ils cherchent des appartements témoins. D’où sans doute l’idée de proposer des formations de réhabilitation accompagnée, de son propre logement ou de celui de ses voisins pour faire face au mal logement. Une partie chez eux, une partie au campus. En partenariat avec Brive Habitat et Corrèze Habitat (le bailleur y trouve son compte). Reste à articuler les différents acteurs, prescripteurs et financeurs. Voilà pour l’instant la principale tâche de François (chargé de mission). Ouverture d’une session prévue en novembre. En ce qui concerne le public cible, ce sont des chômeurs ou des bénéficiaires de minima sociaux mais pas que. Là c’est le travail de Catherine. Articuler la vie professionnelle avec la vie privée. Décrotter les situations les plus compliquées.
En projet, toujours dans l’esprit du « faire soi-même » puis valider ses compétences : la rénovation, l’isolation, la construction paille, la maîtrise de l’énergie, les bio-sourcés. Toutes ces choses modernes et innovantes, économes et responsables. Pas du profit et d’la croissance, mais d’la démerde solidaire et qualifiante.
Contact : 12 avenue Jean Lurçat Brive 05 55 74 48 99 campusfpc19@gmail.com
Marto




