
« On est le peuple qui en a un peu marre de toutes ces dernières réformes qu’ils nous ont mises en place » affirme Anthony qui précise : « Ça va du jeune pour tout ce qui est vaccins au jeune embauché pour tout ce qui est loi travail, aux anciens pour la CSG, pour tout ce qui est taxes. C’est un ras le bol général. » Voilà, le ton est donné sur fond de sono braillarde et de moteurs de grosses cylindrées. Sur le parking de la médiathèque, en ce samedi maussade, 17 février, une petite troupe hétéroclite, dont quelques dizaines de motards parmi lesquels se sont glissés 3 ou 4 collégiens boutonneux sur leurs pétarous, se prépare à traverser la ville de Tulle en faisant grand bruit et beaucoup de fumée. Du bruit parce que « le peuple, il en a marre ! » De quoi ?
Celui qui prend la parole au pied de la préfecture développe, trois quarts d’heures plus tard, les griefs de cette « France d’en bas » qui chevauche des bécanes à 20 000 € ou conduit des 4X4 comme des camions (bon, d’accord, pas tous). Après avoir lancé quelques diatribes à l’adresse des gouvernants qui, selon lui, ne se gênent pas pour piquer dans la caisse, il égrène les motifs de la colère : la CSG qui grève les retraites de « nos vieux », (on est d’accord). La hausse du tabac, la hausse du carburant, le contrôle technique des bagnoles, les taxes, la baisse des APL pour « nos étudiants », les vaccins qu’on fait subir à « nos enfants », les conditions de travail de « nos infirmières » dans les hôpitaux, la misère de « nos pauvres » et le sort de « nos SDF » (« les SDF sont dans la rue alors qu’on donne aux migrants. On comprend pas. Y’en a ras le cul » avait lâché « Pépette », dans sa grande sagesse, avant le départ de la manifestation). « Toujours à nous serrer la ceinture », s’emporte l’orateur à la préfecture. Et d’ajouter « Moi, je suis obligé de faire des trous à ma ceinture ! » Je le toise. Il est encore loin de la taille mannequin, le défenseur de la veuve et de l’orphelin ! On me souffle à l’oreille que le gaillard aurait été patron d’un bar fameux de Tulle.
Et puis, bien sûr, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et la colère de ce « peuple » de 200 citoyens corréziens et lotois (si, si, des Lotois sont venus renforcer les effectifs) : la limitation de vitesse à 80 km/h. Voilà donc cette goutte d’eau qui inonde tout un pays. De là sourd toute cette colère jusqu’alors contenue ! D’accord, il y avait la CSG et les taxes, la hausse du tabac et des carburants (pas d’hier), les SDF (ni d’avant-hier). Mais le 80, là, c’est le summum !
Tous citoyens ! Les partis, les syndicats, on reste en dehors. Pas de récupération ! préviennent-ils. Soit. Et après ? La Corrèze n’est pas le seul département à être en pétard. Elle a emboité le pas de la Dordogne et d’autres départements de mauvaise humeur se sont aussi déclarés. Au moment de la rédaction de cet article, le mouvement s’organise. Une association « Colère 19 » doit être fondée. Que le préfet aura le plaisir de faire enregistrer.
Et puis peut-être bientôt, qui sait, une fédération nationale. « Colère France ». Avec les motards en colère (chronique), ça peut encore faire du boucan ! D’ailleurs, un ami bien inspiré me disait qu’au lieu de limiter la vitesse à 80 km/h, c’est le bruit des bécanes qu’il faudrait réduire à 80 décibels.
Didier Bertholy





