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La Trousse Corrézienne

LTC 1, Société · 1 mai 2015

Chômeur heureux ; un parasite qui fait le travail !

Dessin : un téléviseur où défilent les chômeurs, face à une femme qui danse

Chômeur heureux ; un parasite qui fait le travail !

Plus de 40 ans, deux ans de chômage ! Une longue inertie qui devient pathologique au fil du temps. Un moral en berne ; un physique vieillissant qui achève son œuvre par manque d’activité. La lente descente chez Hadès ; des journées de 28 heures passées devant la télé (pas d’argent, mais l’écran plat bien sur…) inutile et seul… Une naine blanche qui finit sa course autour des étoiles de la vraie vie dans le lourd silence des regards compatissants… Les stéréotypes sont chargés d’ions négatifs…

Je n’ai pas besoin de vous dire tout cela ; évidemment tout le monde le sait, puisque les politiques diffusent ces idées, que les grands médias relaient à coup de sondages vérités ou de débats expertisés. Et puis, non seulement tout le monde connaît nos vies – à nous, pauvres chômeurs – mais chacun sait ce qu’est le travail en plus ! On le définit pour nous ; mélange d’activités rémunérées, de dons de soi (aux patrons s’entend!) et de reconnaissance sociétale… D’utilité sociale…

Parce qu’évidemment le travail ne peut être que rémunéré. Il sert lui ! Autant qu’il nous sert ! Exit toutes activités bénévoles ; ce n’est pas du travail, ce n’est pas payé !

Chômeur heureux vs travailleur pauvre ?

Alors, pourquoi suis-je un chômeur heureux ? Depuis deux ans ? Pourquoi est-ce que je considère que mes différentes activités sont au moins largement aussi utiles que… Je ne sais pas… Visiteur médical par exemple… Suis-je inadapté ? Fainéant peut-être ? Anti-social ? Pire, je ne serais pas dans la « vraie » vie… Je ne participerais pas au bien commun (quel est-il d’ailleurs ? La démocratie ? La nation ? Ou peut-être, le libéralisme – le bien commun des riches …).

La vraie vie… Celle dont nous parle une poignée de journalistes parisiens – leur vraie vie !

Cette idée selon laquelle le chômeur vivrait « à côté » des travailleurs, dans un monde fantasmé par l’élite bourgeoise… Pourtant quand un travailleur pauvre d’une grande ville est obligé de dormir dans sa voiture et de se nourrir aux restos du cœur ; il est pauvre… Comme un chômeur ! Mais lui, en plus, il doit s’extirper de son véhicule tous les matins pour aller bosser et gagner de quoi… se nourrir ? S’habiller ? Alimenter sa Clio ?

Alors oui je suis heureux. Heureux d’être chômeur en Corrèze. De pouvoir organiser mes journées de « travail » comme je l’entends. De ne pas dépendre d’un employeur qui me dicte ma conduite ; de n’être dépendant que d’un collectif associatif que j’ai choisi d’intégrer. Oui je suis heureux de me sentir réellement utile à une société ; mais une micro-société, à échelle humaine – de mon humanité – sur laquelle je peux vraiment intervenir, je peux vraiment interagir. Pas sur une petite unité de production, maillon faible d’un ensemble de chaînes que je ne vois ni ne comprends ; pas au bord des routes pour reboucher des nids-de-poule « négligeables » mais qui permettent à Eurovia de s’enrichir1…

Et finalement je me sens beaucoup plus efficace dans mon travail, car je comprends ce que je fais, et je sais pourquoi je le fais.

De l’allocation à vie

Un chômeur est un consommateur comme un autre (il ne vit pas nu, ne se nourrit pas de racines – encore que certaines de mes connaissances… et a besoin de son véhicule). Et sa réalité c’est aussi le besoin d’argent… Bien sur, la vie en Corrèze n’est pas la vie dans la capitale. D’accord, une certaine solidarité est en place sur le territoire. Seulement les allocations chômages ne sont pas éternelles… Si seulement !…

Tout chômeur a cotisé pour avoir droit aux allocations ; mais quand elles finissent il faut retrouver une « source » de subsistance. Parfois au détriment de travail bénévole dont il avait la charge. Et la question se pose de savoir si finalement il n’est pas plus utile de continuer à aider financièrement ce chômeur « actif » qui a choisit sont activité et qui se reconnaît le plus souvent dans cette dernière, que de l’obliger à trouver un travail qui se fera au détriment de l’efficacité sociale et collective. Car un travail que l’on ne comprend pas ou qui ne sert que des intérêts personnels ou pire, qui ne sert qu’à alimenter une irréalité ; un mirage (routes en bon état mais refaites, commerciaux en tout genre, vendeurs de l’inutile, travail administratif dispensable… etc) n’est pas émancipateur et ne sert pas la communauté. Et qu’on le veuille ou non, même sous une ère noyée dans l’individualisme, nous vivons ensemble et ne pouvons pas y échapper. Seulement, l’émancipation indispensable à tout être humain, n’est peut-être pas – sûrement pas ! – un gage de sécurité pour nos frères dominants.

Je suis pour l’allocation à vie pour tous les chômeurs. Ils participent de façon souvent active à la société, pour peu que cette dernière leur en laisse l’occasion. Pour peu qu’elle leur laisse se définir sans intervenir dans leurs choix… Et pour peu qu’elle les aide à subvenir de manière décente à leurs besoins essentiels (manger, dormir à l’abri, se déplacer, mais aussi créer, apprendre, se former… Etc).

Alors quittez vos postes, abandonnez vos usines de construction d’obsolescence, jetez vos uniformes de VRP et rejoignez les rangs des chômeurs heureux, bâtisseurs du futur commun !

Plus de 40 ans, deux ans de chômage ! Une longue activité émancipatrice au fil du temps. Un moral en hausse ; un physique vieillissant qui prolonge son œuvre dans la création. La lente montée vers la sérénité ; des journées où les heures nous sont données. Utile et entouré… Une lune qui continue sa course autour des étoiles pour former la vraie vie avec d’autres regards éclairants… La nouveauté créatrice est chargée d’ions positifs…

  • 1 D’où la multiplication des travaux de voirie – souvent inutiles – mais qui permettait au conseil général de Corrèze (sous le mandat de Sarkozy) d’afficher son « plan anti-crise ». Plan qui a mystérieusement disparu depuis que Hollande est au pouvoir !

pluton 427

Dessin : une chambre en désordre, entre bouteilles, télé et paperasse

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

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