
Un système mis à nu, mais rien ne change
Oui vous avez lu, 180 000 000 000 de dollars soit 1 180 722 600 000 Francs (et pour les anciens francs, je ne vous raconte pas !). Si vous avez lu les journaux, allumé votre radio ou simplement bu un café sur la place du village, vous n’avez pas pu passer à côté de ce qu’on appelle le Swissleaks.
C’est donc le montant des avoirs cachés dans une seule filiale suisse d’une banque anglaise, sur une seule année, soit une petite partie émergée de l’iceberg. Mais qu’on se rassure, la HSBC vient de communiquer à ce sujet, c’était en 2006, c’est terminé, ça n’a plus cours aujourd’hui, ouf ! On est bien content que cela soit du passé car maintenant, tricher n’est plus possible. Bah voyons !
L’affaire n’est pas récente, et n’a pu sortir que grâce à un ancien informaticien de cette banque, Hervé Falciani et de deux journalistes du Monde.
Qui sont les vrais fraudeurs ?
Ce qui fait qu’on en a beaucoup parlé, c’est qu’ils ont réussi à publier les listes des fraudeurs, dont quelques célébrités très médiatiques. Tout le système de protection sociale, de santé et d’éducation de nos pays (car la France n’est pas la seule touchée) repose sur la redistribution. Le fait de se soustraire à l’impôt met en péril toute l’architecture de notre modèle social et concourt à creuser la dette publique. Jamais les nations n’ont été aussi endettées. Or qui prête aux états ? Des organismes financiers, ceux-là mêmes qui sont à l’origine des dissimulations d’avoirs et de revenus qui creusent ce déficit. On se trouve donc ici devant un cercle vicieux où ces établissements sont à la fois à l’origine de ces dysfonctionnements et proposent des solutions pour les résoudre. L’art de gagner sur deux tableaux à la fois.
Il faut 1 million de dollars pour ouvrir un compte dans une banque privée. La ségrégation par l’argent est donc admise. Les trafiquants de drogue et de diamants arrivent aux premières places, suivis de têtes couronnées, d’industriels et enfin quelques vedettes du spectacle ou du sport. Mais sur ces fichiers ne figurent pas les industries, qui sont celles qui ont les plus gros comptes. Google ou Microsoft ont choisi par exemple des destinations plus tropicales, mais le résultat est le même.
L’affaire a pris une tournure plus people quand les noms de stars du petit écran ont été révélés. Loin de nous l’idée de défendre Mr Gad el Malette, mais tout le monde a retenu son nom en oubliant de préciser que les vrais coupables ne seront pas poursuivis. Voilà donc un fichier bien opportun, qui permettra aux vrais responsables, les grandes industries et les compagnies financières de s’en sortir discrètement. HSBC a été mis en examen courant novembre 2014, la justice se hâte lentement, enfin ça dépend pour qui.
On estime à 80 milliards d’euros le montant de la perte fiscale. Or c’est peu ou prou le montant du déficit commercial, cherchez l’erreur !
Pour en savoir plus
- HSBC : du commerce de l’opium à l’évasion fiscale massive, l’histoire d’une banque au présent sulfureux, article publié sur Basta mag le 9 février : bit.ly/1A2S7YI
- Swiss Leaks : un épisode de la saga de l’évasion fiscale, article publié sur Politis le 10 février : bit.ly/1AoZaQz
- SwissLeaks : le scandale HSBC livre ses secrets au niveau planétaire, article du 10 février, publié sur Médiapart : bit.ly/1DQcgYa
peyo




