Sorti sous l’ère Philippe Nauche, customisé par son successeur à l’agglo de Brive Frédéric Soulier, le projet d’aménagement de l’ancien aérodrome de Brive Laroche pourrait bientôt aboutir à la création d’une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté). Industries, commerces et infrastructures routières pousseraient alors comme des girolles en un mois de juin humide. A moins que… Des opposants au projet tentent de faire valoir une alternative axée sur la préservation du site. De quoi influencer les décisionnaires locaux ? Rien n’est moins sûr…
Trop d’herbe tue l’herbe.
85 hectares de prés et de zones humides dans l’ouest briviste, à cheval sur les communes de Saint-Pantaléon-de-Larche et de Brive : une vraie faute de goût pour les amoureux du minéral. Dans cet écrin de macadam, constellé de bacs acier alliés au charme discret du béton, la grossière tache verte hérisse le poil des esthètes gaillards. Mais qu’à cela ne tienne ! L’ignominie devrait être corrigée dans les mois à venir. L’autorisation d’aménagement de la ZAC est en bonne voie. A la suite d’une enquête publique (du 14 mars au 14 avril 2016) ponctuée d’un avis favorable du Commissaire enquêteur1L’avis en question date du 27 avril 2016. Il porte sur l’autorisation relative aux rejets des eaux pluviales et au remblaiement de zones humides., de nouveaux commerces, entrepôts, bâtiments industriels, infrastructures routières et tutti quanti devraient envahir les zones humides et terres alluvionnaires fertiles, foyers de biodiversité214 espèces de chauve-souris sur les 34 que compte la France auraient été recensées sur la partie nord du projet. 9 espèces d’amphibiens présents sur le site constituent aujourd’hui une contrainte réglementaire au projet..
L’avis en question date du 27 avril 2016. Il porte sur l’autorisation relative aux rejets des eaux pluviales et au remblaiement de zones humides.
14 espèces de chauve-souris sur les 34 que compte la France auraient été recensées sur la partie nord du projet. 9 espèces d’amphibiens présents sur le site constituent aujourd’hui une contrainte réglementaire au projet.
La loi sur l’eau impose cependant des mesures compensatoires à la destruction de zones humides. Et même si la société publique locale (SPL) de Brive et son agglomération a tout prévu sur le papier avec « la restauration, l’amélioration et/ou la création » de telles zones dès 2016, le rapport d’enquête publique émet des « inquiétudes ». Outre un Plan de Gestion Écologique à l’état de brouillon, la SPL ne serait toujours pas propriétaire du foncier destiné à assurer la compensation. D’où « un calendrier difficile à respecter ». Le responsable « aménagement » de l’agglo évoque l’attente du résultat de l’enquête publique en cours et la réponse de la DREAL sur la demande de dérogation « Espèces protégées » : suffisant pour passer le filtre du Commissaire enquêteur.
Un « projet surdimensionné », inadapté aux enjeux locaux
Pour Daniel Freygefond, membre du groupe local d’Europe Écologie – Les Verts (EELV) à Brive3Le groupe local EELV de Brive a été le seul à déposer des observations écrites lors de l’enquête publique. C’est à ce titre que nous les avons rencontrés., le projet de l’agglomération est « surdimensionné ». « Un projet qui ne repose que sur des considérations économiques, industrielles et de valorisation foncière n’est pas viable ». Face à la lourdeur des aménagements requis, la question de leur bien-fondé se pose nécessairement au-delà du cadre juridique stricto sensu. Ainsi, si artificialiser des zones « vertes » existantes pour en recréer paraît absurde, prévoir une voie d’accès nord de la ZAC en zone inondable l’est tout autant. A ces questions environnementales, de sûreté des biens et des personnes, s’ajoutent des considérations générales liées au projet des élus pour l’agglomération. Tout droit sortie des années 90, la création de commerces dans la zone ouest de Brive a de quoi surprendre. Surtout quand la revitalisation du centre apparaît comme un enjeu majeur. Et si les défenseurs de la ZAC assurent qu’à terme, 3000 emplois seront créés sur les 85 hectares de Brive Laroche, « de quel emploi s’agit-il ? », interroge D. Freygefond. « Si cela doit se faire au détriment du centre-ville, aucun intérêt ». Son crédo : une ceinture maraîchère sur ces terres fertiles de l’ouest de Brive. « En se basant ainsi sur les atouts de notre territoire, on peut créer de l’emploi pérenne, local et non délocalisable, développer l’autonomie alimentaire tout en respectant notre patrimoine naturel et en inscrivant l’agglomération de Brive dans le 21e siècle. D’autres villes s’en donnent les moyens, pourquoi pas nous ? »
Le groupe local EELV de Brive a été le seul à déposer des observations écrites lors de l’enquête publique. C’est à ce titre que nous les avons rencontrés.
Un projet trop novateur pour des élus en mal d’idée ? Affaire à suivre…
Hilmar Braken



