C’est un mariage de mauvais augure pour la planète et ceux qui marchent dessus : le 14 septembre dernier, le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer a annoncé la signature d’un accord de fusion définitif avec la multinationale américaine Monsanto pour la modique somme de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros) (1). Cet accord doit encore être soumis aux actionnaires de la multinationale américaine et au feu vert des autorités de la concurrence américaine et européenne. Et il donnera naissance à un méga-mastodonte qui aura la mainmise sur 30 % du marché mondial des semences et 24 % sur celui des pesticides. Pour ceux qui ne connaissent pas bien Bayer, précisons que cette firme allemande connue pour ses médicaments est également le fabricant des fameux néonicotinoïdes, les pesticides tueurs d’abeilles…
Outre-Rhin la nouvelle inquiète plutôt les Allemands : « C’est une mauvaise nouvelle pour les fermiers du monde entier » résument dans un communiqué commun, plusieurs associations caritatives comme Misereor, Fian Deutschland, Inkota-Netzwerk et Brot für die Welt. « Seules les multinationales de l’agrobusiness ont profité ces dernières années de la privatisation, de la dérégulation et de la libéralisation qui ont touché ce secteur. Les big six (Monsanto, Syngenta, Bayer, DuPont, Dow et BASF) contrôlent déjà 75 % du marché mondial des produits chimiques destinés à l’agriculture et plus de 60 % des ventes de semences. Le rapprochement entre Monsanto et Bayer après la création de Syngenta-ChemChina (ndlr : la multinationale chinoise ChemChina projette de racheter pour 43 milliards de dollars l’entreprise suisse Syngenta) et le mariage entre DuPont et Dow va avoir des conséquences fatales : trois groupes vont contrôler le marché des semences et les moyens de subsistance de l’humanité tout entière. »
L’État de Basse-Saxe, en Allemagne, a déjà promis de se battre contre ce rapprochement : « Nous allons utiliser toutes les voies légales et politiques qui sont à notre disposition pour empêcher cette fusion », s’est engagé Christian Meyer, élu écologiste et ministre de l’Agriculture de ce Land. « Permettre à un seul et même groupe de vendre des semences, des pesticides, des fertilisants, des produits chimiques destinés à l’agriculture et des aliments génétiquement modifiés aura des conséquences sur ce qui se retrouvera dans nos assiettes. Les fermiers vont devenir plus dépendants. Et je crains aussi que les prix des semences augmentent. C’est pour cela que je rejette la mise en place d’un tel monopole. »
Bayer devient une multinationale transversale, c’est-à-dire qui produit des semences OGM, les pesticides qui vont avec et surtout les médicaments pour soigner les pauvres bougres malades d’un cancer après avoir ingurgité les saloperies produites par la firme allemande. Si l’on ajoute un peu d’histoire, c’est-à-dire le trafic d’êtres humains déportés du camp d’Auschwitz à des fins d’expériences dans les labos de Bayer, le scandale de l’huile frelatée qui a fait plus de 2 000 victimes en Espagne dans les années 1980, celui du sang contaminé (Bayer est accusé d’avoir sciemment écoulé des produits sanguins contaminés par le virus du Sida) entre 1978 et 1985, il faut bien avouer que tout cela ne sent pas très bon…
Notes
(1) Voir le communiqué de presse de Bayer : http://bit.ly/2cwyOpQ
Laurent Cougnoux




