
Dans la précédente Trousse, toujours en quête des petits villages qui se bougent pour ne pas disparaître ou devenir autre chose que des cités-dortoirs, je m’étais penchée sur le cas d’Ayen, qui depuis 2007 met en œuvre un Agenda 21 local. Je m’y suis rendue par une douce matinée automnale pour y rencontrer Jérôme Perdrix. Je n’ai pas fait le déplacement pour rien. Le village foisonne d’initiatives qui méritent chacune un article.
Jérôme est conseiller municipal et suit la mise en place de l’Agenda 21 depuis le début. Il m’accueille à la Maison des services au Public au centre du village. Dans une belle salle de réunion, Jérôme Perdrix me fait un petit rappel historique de la démarche. Quand il s’y installe en 1996, la commune vient de perdre une usine de volets qui a délocalisé, certes pas en Roumanie, mais à Objat. Cela suffit cependant à casser la dynamique économique du village. Cent vingt ouvriers en moins pour les restos et les commerces. Mais c’est sans compter sur l’enfant du pays, le vétérinaire Paul Raynal, tout juste élu et qui n’a pas l’intention de laisser crever son village. Pas à n’importe quel prix cependant.
« Que ça se passe ici, c’est déjà une petite performance »
Rappelons qu’Ayen compte à peine sept cent cinquante habitants et se trouve près du bassin de Brive, sur un territoire rural où la remise en question de nos modes de fonctionnement commence à peine. Au début des années 2000, le maire entend parler des Agendas 21, sortes de guides méthodologiques de développement durable mais plutôt pour les grandes collectivités. En parallèle, l’association Notre village (1) lance le label « Notre village Terre d’avenir » qui s’assortit d’une méthode plus adaptée aux petites communes. Treize villages pilotes dans toute la France en 2005. Ayen et Beynat en sont. Diagnostic de territoire, sept cents critères étudiés d’où découlent un plan d’action qui touche tous les aspects de la vie du village (économie d’énergie et de déplacement, assainissement, gestion des déchets, de l’eau, logement protection et valorisation de la biodiversité, animations culturelles et lien social…). Le label Agenda 21 sert avant tout à s’approprier la démarche, c’est une reconnaissance, mais ça n’apporte pas de crédits supplémentaires à la commune. Elle fonctionne avec un budget de 700 000 euros.
Le durable aurait-il son village ?
Tout en visitant le village, Jérôme m’explique. Sur la première phase du programme, on compte quatre-vingt-neuf actions (2). Parmi celles-ci, j’ai retenu quelques anecdotes qui illustrent l’esprit de cette politique locale engageante. Auparavant, c’était l’épicier qui récupérait les cartons des autres commerçants et artisans du village et qui les brûlait (faute de pouvoir se rendre à la lointaine déchetterie, dont les horaires n’étaient pas adaptés aux siens). Pour remédier à cette pratique, des membres du conseil municipal sont allés eux-mêmes faire la collecte des cartons, puis les ont compactés dans une benne à la force de leurs bras et jambes. Je les imagine en train de sauter dans la benne sous le regard des administrés…bon ça c’est peut-être pas passé exactement comme ça. Depuis, cette benne est à la disposition de tous et de manière gratuite. Autre exemple, le rachat par la commune de trois hectares de butte calcaire, classée ZNIEFF (3) et qu’elle loue sous bail emphytéotique de 99 ans au Conservatoire des Espaces naturels du Limousin. Une autre parcelle a été pré-achetée par un habitant en attendant que la commune ait les moyens de l’acheter. On pourrait aussi évoquer la réhabilitation des logements sociaux dont une partie est réservée pour une résidence adaptée aux personnes âgées ou handicapées, avec des espaces de vie commune, une animatrice et la proximité du dentiste, médecin et kiné. Ou encore le centre de loisirs qui propose des activités très axées autour de la découverte de la nature, les plateformes de compostage collectives, les café-débats trimestriels pour aborder tout un tas de sujets (le dernier portait sur la graine), la Maison du développement durable et des associations, l’arboretum, les invitations personnelles au conseil municipal par tirage au sort pour encourager les gens à venir y assister, la lettre d’info mensuelle…
Il n’y a finalement rien de révolutionnaire dans la démarche, les habitudes ne sont pas trop bousculées, mais, par ces initiatives, ce dynamisme, ces exemples, chacun est amené à se questionner et à modifier petit à petit ses pratiques. Même si certaines actions ne pourront être maintenues à l’avenir avec la baisse des dotations, la graine est semée.
1- voir LTC n°14
2- mais vous pouvez les retrouver sur https://docs.wixstatic.com/ugd/e9cb6d_fc4af29aa5f944e6bcc1154fa7560140.pdf
3 Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique
Julie Devès




