Vive la sécurité sociale !
Par stlaf
Dans le système économique actuel, la destruction des emplois est structurelle, puisque liée à leur automatisation et au remplacement des femmes et des hommes par des machines. Le chômage n’est donc pas une anomalie qu’il nous faudrait exterminer en visant le plein emploi, car il permet en outre aux capitalistes de disposer d’une armée de travailleurs de réserve, bien pratique pour mettre la pression, empêcher toute amélioration des conditions de travail et rendre indiscutable le travail en lui-même. Son extermination n’est donc pas envisageable, d’autant plus que le MEDEF (le Mouvement des Entreprises de France), aujourd’hui maître du « dialogue social » (sic), a tout intérêt à précariser l’ensemble des emplois, quitte à ce que soit instauré un revenu minimum de subsistance.
En outre, on peut dès lors aisément prédire l’école à deux vitesses que nous prévoient les pouvoirs en place. Les préconisations de l’OCDE (l’Organisation de Coopération et de Développement Économique) sont claires : un enseignement public dégradé et massifié pour les emplois à faible niveau de qualification ; un enseignement privé pour celles et ceux qui pourront se payer un très fort niveau de qualification. Cette polarisation des emplois entraîne une augmentation des inégalités sociales, notamment à l’école, qui est la preuve que nos systèmes d’enseignement sont parfaitement en adéquation avec les demandes du marché économique.
À l’heure où la France compte plus de huit millions de chômeurs, la discontinuité du travail est devenue la règle. Les prochaines générations sont, dans l’état actuel des choses, condamnées à vivre des périodes de chômage récurrentes.
La précarité se développe jour après jour (90 % des contrats de travail signés en 2015 ont été des contrats à durée déterminée1), y compris dans la fonction publique (on compte actuellement 22 % de précaires dans l’Éducation nationale 2 par exemple : ce chiffre a triplé au cours de la dernière décennie). La loi Travaille !, promulguée de force à l’été 2016, vient parachever le tableau en tant qu’elle est un recul sans précédent concernant la protection sociale des travailleuses et des travailleurs.
On ne lutte pas contre le chômage, on le constate. Et chacun sait que le taux de chômage, dans les conditions actuelles, ne baissera plus. Or six chômeurs sur dix sont, aujourd’hui, en France, non indemnisés3.
À l’évidence, ce problème n’est surmontable que par la restauration d’un système mutualiste à l’échelle nationale, par opposition au système d’assurance individuelle. Ainsi, la caisse de chômage est un bien commun que la classe œuvrière a abandonné et qu’elle doit désormais reprendre en main, tout comme l’ensemble des protections offertes par la Sécurité Sociale. Les luttes sectorielles doivent absolument être intégrées dans cette lutte plus globale, au-delà même de la convergence des luttes si chère à toutes celles et ceux qui cherchent à s’opposer au système actuel.
On ne lutte pas contre le chômage : on le constate, et même on l’espère, pour peu qu’on puisse le vivre sereinement. La fonction de l’Unédic (l’Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce) n’est-elle pas d’assurer une protection sociale aux personnes qui sont ainsi en train de se libérer de l’emploi ?
Il est aujourd’hui essentiel d’instaurer le chômage heureux car dans une société enfin débarrassée en grande partie de la peur du chômage, il est à parier que le grand patronat et ses nouvelles techniques de management en rabattront quant aux conditions de travail qu’ils imposent aujourd’hui et qui pourrissent nos vies.
L’idée que l’on doit être payé à la mesure (évaluée) de ce que l’on fait (ce qui revient à se soumettre à l’employeur) doit être remplacée par celle d’être payé pour ce que l’on est (des citoyens).
Le déploiement de la Sécurité Sociale – et en particulier l’instauration du chômage heureux – constitue un projet émancipateur et révolutionnaire qui présentera, en outre, l’avantage immense de mettre fin plus rapidement à tous les emplois toxiques pour l’environnement car chacun trouvera, à n’en pas douter, mieux à faire.
Chiches ?
1 Chiffre fourni par l’APED – Association pour une école démocratique- en appui sur les analyses de l’OCDE.
2 Chiffre fourni par la fédération SUD éducation et basé sur les données du ministère de l’Éducation Nationale.
3 Chiffre fourni par le CIP – Collectif des Intermittents et des Précaires – et qui ne correspond évidemment pas aux données officielles.
Stalf



