
La construction du bâtiment de la CPAM à la place du parking qui jouxtait la médiathèque de Tulle a débuté 1 . Elle implique la suppression de 90 places de stationnement pour voitures. Et les 18 places aménagées juste à côté sont réservées aux équipes du chantier. Mais rien n’a été prévu pour réduire le nombre de voitures en ville et atténuer les effets de cette baisse soudaine du nombre de places.
Qui plus est, à proximité, sur la rue Louisa Paulin (à côté de la tour de Souilhac), ce sont au bas mot 20 places qui seront simultanément indisponibles pour cause de travaux en vue de la création d’une continuité entre le parvis de la tour et cette rue. Par ailleurs, de l’autre côté de la ville, l’espace du parking Maschat (devant l’hôpital) va être reconfiguré et ce sont approximativement 60 places qui vont disparaître. De même, à proximité, le parking Roosevelt en perdra environ 20. Ce sont donc quelque 200 places de stationnement qui vont être indisponibles simultanément. Si est prévue la construction d’un parking en silo, aspirateur à voitures, à la place de l’actuel bâtiment de la CPAM avenue Poincaré, il ne sera disponible que dans plusieurs années et ne concerne qu’une partie de la ville.
La première réaction du piéton et cycliste que je suis pourrait être « Super, moins de voitures ! » Mais non ! Les automobilistes risquent de « tourner » pour trouver une place (triste destin que celui d’automobiliste). Et surtout, lorsque l’intérêt général guide la réflexion, on ne peut qu’être interrogé par cette situation. effectivement réduire le nombre de voitures dans la ville en proportion de la suppression de places de stationnement ? Visiblement rien.
Quelle alternative à la voiture ?
La réduction du nombre de voitures en ville est souhaitable tant celles-ci sont sources de nuisances : danger, encombrement, dégradation des chaussées, pollution, bruit 2 , etc. Elle est aussi nécessaire pour laisser la place à d’autres modes de déplacement et à des espaces de vie. Mais ce changement urbain ne peut pas raisonnablement se faire brutalement en supprimant tant de places d’un coup sans solution : il est nécessaire d’anticiper, de proposer une alternative telle l’usage du vélo et des transports en commun. Pour cela, il faut développer des aménagements cyclables permettant d’assurer la sécurité des usagers et de réduire leur sentiment d’insécurité 3 , et
Local
organisé été Qu’a-t-il
investir dans un réseau d’autobus, d’autocars 4 au niveau de l’agglomération.
Le triptyque « contrainte – alternative – incitation » me semble regrouper les aspects sur lesquels les collectivités locales doivent agir pour induire des modifications de comportements. La contrainte peut consister en la réduction du nombre de places de stationnement et l’augmentation du prix de l’occupation de l’espace public. L’alternative, je l’évoquais, implique d’ouvrir ou favoriser l’accès à d’autres modes de déplacements et inciter à la marche. Elle doit précéder la contrainte pour que celleci soit légitime. Enfin, il est utile de recourir à l’incitation, avec par exemple l’instauration d’un billet de bus à la journée à un tarif attractif. Dans le cas présent, la contrainte seule n’aura sans doute qu’un effet marginal. En ce domaine comme dans d’autres, les options individuelles sont largement conditionnées par les choix collectifs, particulièrement par les infrastructures.
À Tulle…
… et malgré l’urgence écologique et l’utilité pour sociale, la politique cyclable est inexistante, ou peu s’en faut 5 . Le conservatisme règne. Des marquages au sol sont effectifs depuis 2015 mais largement effacés depuis, des doublessens cyclables ont été signalés dans de petites rues, quelques appuis-vélos inesthétiques ont été installés ici et là. Je constate cependant que la réduction de la limite de vitesse à 30 km/h dans une partie de la vallée a apaisé la circulation et que les piétons et surtout les cyclistes se sentent plus à l’aise. Quant au service public d’autobus et d’autocars, il relève de Tulle agglo. Le développer est onéreux mais paraît indispensable. Comment, sans desservir les hauteurs de la ville, sans créer des parkings-relais aux limites de la ville (exemples : Mulatet, Laguenne, Saint-Adrian) très fréquemment desservis par des autobus, espérer que la ville soit moins encombrée par les voitures ? Il est également souhaitable, en complément, de mettre en place un service de rotation d’autocars reliant les communes
proches (exemples : Seilhac ou Saintevoire Fortunade) à la ville de Tulle. Bien sûr, le train est important. Si la desserte Tulle-Brive est satisfaisante, ce n’est pas le cas de Tulle-Ussel. Au-delà, vers Clermont-Ferrand, la voie est à l’abandon depuis longtemps en raison du refus de la région Auvergne puis Aura de cofinancer les travaux de rénovation.
Le désastre écologique nous oblige à opérer des transformations d’urgence, mais on semble faire comme si de rien n’était, ou presque, tant localement qu’au niveau national. Emmanuel Macron affirme qu’on ne pouvait pas « prédire » la crise climatique, mais ne tire aucune conclusion pratique de ce qu’il a récemment appris. Peut-être n’a-t-il pas encore compris… Le gouvernement a néanmoins lancé un plan vélo 6 pourvu d’une dotation financière importante. Espérons que les collectivités locales sauront saisir l’occasion pour mettre en place des aménagements adaptés.
Ce projet avait été évoqué dans La Trousse (n° 24) 1. après l’enquête publique. Les non-conformités aux règles du PLU semblent révolues. Même les voitures électriques sont bruyantes à 2. partir d’une certaine vitesse compte tenu du bruit de roulement et de déplacement d’air. Et les particules fines résultant de l’abrasion des pneus et des plaquettes de freins sont nocives. Lire « Ça pédale en Corrèze », La Trousse, n° 44. 3. 4. Un autobus dessert différents quartiers d’une ville ; un autocar relie des localités. Le dernier baromètre des villes cyclables de l’année 5. 2021, organisé par la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) à partir des réponses de cyclistes à un questionnaire détaillé, attribue la note F à la ville de Tulle sur une échelle allant de G à A+ (urlr.me/ ZptQL) ! Le maire ose néanmoins affirmer dans son éditorial de Tulle mag de juin 2023 que « la ville de Tulle n’a jamais été en retard dans la mise en œuvre des options écologiques » (n° 169). Mais non, l’écologie au centre du projet, c’était la propagande électorale, ce n’est pas la réalité ! Ministère de la Transition écologique […], « Le vélo et 6. la marche, des modes de déplacements vertueux et avantageux », 5 mai 2023 (urlr.me/Zn3cT).
5 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 48
CHRISTOPHE GIBIAT





