
22 février, conférence à Argentat : « l’entreprise durable ou le travailler autrement », proposée par Peter Blok, pour s’entraîner à rêver et copier.
Sortir du cadre
Peter Blok est un grand monsieur qui dessine des maisons. Peter est architecte. Il conçoit des belles maisons en bois qu’on peut ensuite auto-construire. Il est aussi habité par cette utopie, « un rêve conscient » comme dit joliment Gilles Clément, que tout pourrait être fait autrement, que le global, au moins à une échelle locale, pourrait être durable. Pas seulement écologique, durable, et ça c’est plus complexe car obligatoirement c’est global, « il faut regarder l’ensemble , ça ne sert à rien de se focaliser juste sur un détail ».
Il rêve « je veux être libre pour rêver, dessiner, c’est très important de rêver dans une manière réaliste » qu’une économie locale durable se créée. Alors il a décidé d’agir « pour dans trente ans comme horizon ». Il propose de montrer et regarder ce qui se fait, mettre en relation, échanger avec tous ceux qui ont envie, et copier. Avec un cycle de dix conférences (une par trimestre) à Argentat, soit deux/trois ans pour rêver avant de commencer.
Il a d’abord expliqué, devant vingt/vingt-cinq personnes sa démarche et la nécessité de sortir du cadre pour construire l’autrement avec quatre points qui forment les quatre sommets d’un carré. Et une question : comment faire passer un triangle par ces quatre points ? C’est possible, mais en sortant du cadre. Le possible s’étend, dès qu’on imagine les sorties de cadre.
Puis il a passé la parole à Laurence Breton, d’Ambiance Bois, les très connus du travailler autrement de la montagne limousine.
Un questionnement perpétuel
Elle a dit ce rêve de vivre et travailler ensemble, finalité du projet initial porté par huit personnes. Cela a été dans le bois et à Faux la montagne. Il a fallu « beaucoup d’apprentissages par l’erreur, avoir une démarche humble ». Et faire des compromis. Car « être cohérent sur toute la ligne, ben c’est difficile ». Par exemple, on achète local, mais on s’approvisionne sur des coupes à blanc car travailler mélèze et douglas, c’est travailler avec du local et de façon adaptée à l’habitat : la longévité des bardeaux non traités, c’est cinquante ans.
Ce qui est essentiel dans sa parole, ce sont les questionnements, les ajustements, les difficultés cités. Ainsi, travailler autrement ici c’est le temps partiel, pour pouvoir s’investir ailleurs, et les salaires égaux. C’est aussi ne pas être mono-tâche, pouvoir développer plusieurs capacités et pouvoir ainsi compter sur tous lorsqu’il manque quelqu’un. Alors il faut des temps informels, le café en commun, où chacun peut avoir accès à l’information. Et des « gros temps » de réunion d’équipe, une journée tous les deux mois.
Mais ce n’est pas si simple. Chacun préfère certains tâches et il faut aussi penser à la transmissibilité des « perles rares », ceux qui développent une compétence pointue dans un domaine. Le principe est et reste : « il ne faut jamais qu’une seule personne soit seule à connaître ».
Trente-cinq ans plus tard, ils sont toujours là avec le même projet même si tous ne partagent pas le collectif de vie. Et tous bien sûr à questionner, car « ce n’est pas si facile de faire un pas de côté ». À s’interroger ET faire. Pour garder toujours le projet au cœur de la décision. Et le projet ce n’est pas juste produire « autrement », c’est aussi vendre, ce mot souvent tabou. Et, « notre projet global, c’est peut-être pas juste trouver des nouveaux clients ».
Construire un collectif
L’ajustement, la définition du projet, justement c’est l’actualité du hameau des âges, à Chartrier Ferrières. Un hameau acquis par une association. Un éco-hameau en devenir qui accueille. Une construction collective d’un projet local d’entraide, d’échanges, de vie.
Construire ensemble, et donc réfléchir au comment. Le collectif s’exerce à l’art de la réflexion et de décision collectives, en s’appuyant sur le consentement (personne ne doit dire non à la décision). Le projet en est à ses débuts. J’ose écrire « à ses apprentissages par l’erreur ». Mais c’est à découvrir.
De ce temps de quelques heures passées ensemble, à écouter, questionner, et bavarder, il me reste deux convictions. Pour créer à plusieurs, on peut se référer à des outils comme on dit. Mais seuls, ils ne sont rien. C’est la façon de s’en servir qui le rend outil. Faire adapter l’outil aux mains et inversement, et quelques fois les frottements créent des ampoules, il faut reprendre et ajuster. Il faut du temps pour qu’un collectif prenne sa forme.
Et surtout, surtout, il ne faut jamais perdre le sens du projet dans le labyrinthe des détails.
Mais j’ai encore envie d’avoir du rêve. Rendez-vous donc le ? mai pour rêver sur la permaculture.
Marie-Laure Petit





