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La Trousse Corrézienne

LTC 43 · 1 juillet 2022

LAME ALTERNATIVE

LAME ALTERNATIVE — La Trousse corrézienne n°43

: à la racine du cheveu

Deux bottines rouges à grosses semelles. Une mèche couleur vert laser au milieu des cheveux charbon. Silhouette menue ceinturée de ciseaux, de rasoirs, de tondeuses. Elle a commencé à travailler à quinze ans. Elle va en avoir trente. Elle aime ce qu’elle fait. Lisa, alias Lame Al ternative, est coiffeuse à domicile autour d’Uzerche et Chamboulive.

Un métier dans les doigts

Ça fait bientôt deux ans que Lisa s’est installée en Corrèze. Elle est contente d’être partie. Elle se sent bien ici. La créatrice de Lame Alternative a grandi à Montpellier entre béton et soleil de plomb. L’apprentissage, c’était trois semaines de salon pour une semaine de formation, on est directement dans le bain de l’écaille, du balayage et du shampoing. Après ses premiers diplômes de coiffure, elle a poursuivi en formation couleur et permanente, pour pouvoir accéder au statut de maître artisan. À présent elle cherche à

24 – la trousse corrézienne n °43

obtenir le label « Mon coiffeur s’engage ». Celui-ci consiste notamment à éviter d’utiliser des produits toxiques : on pourrait espérer que ce soit obligatoire, mais non… Pas un problème pour Lisa en tout cas, spécialisée en teinture végane et naturelle. Les cheveux sont matière à « travailler » en jouant des reliefs, des nuances, textures et mouvements déjà là. Matière à sculpter et à teindre. La teinture sur cheveux, c’est un art complexe qui se loge entre biologie et chimie. Qui permet, par exemple, de résoudre cette énigme : pourquoi les surfeurs ont-ils naturellement des mèches blondes au-dessus de leurs adorables f rimousses bronzées ? C’est que le soleil oxyde les cheveux (c’est-à-dire qu’il abîme les pigments présents dans les écailles) tandis que le sel fait off ice d’abrasif, f ragilisant la surface de la f ibre. Et quand on rajoute là-dessus de l’huile de coco pour hydrater tout ça, les écailles se décollent encore un peu plus. Magique, non ?

L’art de la teinture sur f ibre animale vivante

Mais revenons à nos vertes collines de cheveux. Vivre à la campagne… c’est avant tout vivre au plus près des plantes. Lisa les regarde pousser avec passion. Ces temps-ci, tous les matins elle va dire un petit mot à ses jeunes courgettes en serre pour les encourager. À son olivier d’intérieur, aussi. Elle voudrait faire pousser des tournesols géants. Des coquelicots au milieu des ronces. Des cactus aux formes exubérantes…

Passionnée par les teintures végétales, elle a un moment caressé l’idée de les produire elle-même. Mais pour l’instant elle s’en est tenue à une petite formation en botanique et herboristerie. En effet, produire des plantes tinctoriales, c’est un autre métier que celui de coiffer des têtes. Un métier agricole, avec les subtilités que suppose de travailler avec les plantes qui poussent en terre : ainsi la qualité des pigments dépend fortement du milieu, de la nature du sol, des conditions météorologiques… Et puis, produire des teintures utilisables sur f ibre animale vivante – en l’occurrence, cheveu humain –, c’est encore une autre histoire, qui vous catapulte dans l’univers des cosmétiques. Or, si l’artisanat s’empare de plus en plus de ces objets-pour-se-faire-beau, entre shampoing sec, baume à lèvre et onguents divers, c’est un peu moins vrai de la teinture capillaire. D’ailleurs, il n’y a quasiment pas de formation en la matière. Lisa a bien essayé de passer par la teinture textile : après tout la laine, c’est une f ibre animale aussi… Mais ce n’est pas la même chimie.

Itinérance

Coiffer à domicile, c’est une ambiance particulière, plus familiale, on peut prendre son temps. Cela permet d’éviter le loyer d’un local et les f rais associés. Avec les prix qu’ont atteint les carburants, il n’y a plus tellement d’économie à faire de ce côté-là. Pour l’instant Lame alternative reste pourtant itinérante. Elle est aussi présente un jeudi soir par mois au café associatif La P’tite Fabrique Solidaire à Uzerche. Elle propose enf in des tarifs de groupe, pour celles et ceux qui se sentent, chez eux, de faire salon. Tu veux une undercut ? une f range asymétrique ? un truc qui rappelle l’antique crête punk mais tu n’oses pas encore le faire toimême ? Tu veux te raser les cheveux dans la nuque et teindre le reste de doux reflets champêtres ? Allez viens chez moi, j’habite chez ton coiffeur !

17/06/2022 13:12

marine legrand

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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