La loi des pompes
Le guide juridique élaboré par le ministère de l’Intérieur à destination des collectivités territoriales comprend 106 pages (1). C’est dire la complétude !
La loi définit ainsi les conditions d’agrément des opérateurs funéraires privés ou publics. Le service extérieur des pompes funèbres, service public, est délégué le plus souvent à un opérateur privé, au moins en partie. La liste des opérateurs agréés établie par le préfet doit être affichée dans les mairies et les cimetières.
La loi vise à empêcher toute fuite de corps, tout mélange, toute confusion, toute perte. Elle encadre précisément les opérations funéraires et les funérailles comme les formalités obligatoires lors d’un décès et le délai pour les remplir, les règles à observer pour le transport des corps selon la distance et la traversée ou non d’une frontière, les normes applicables aux cercueils, urnes et accessoires divers, les soins de conservation en précisant qu’aucun règlement ne les rend obligatoires.
Le cimetière, défini lieu public, comprend obligatoirement un terrain commun pour l’inhumation, un ossuaire c’est-à-dire un lieu destiné à la réinhumation des restes exhumés après un délai de « rotation » (1) (joli, non, ce mot « rotation » ?) et un cinéraire (selon la taille de la commune). Il y a aussi, mais non obligatoire, des emplacements concédés à des personnes pour une durée définie, ce qu’on appelle une concession.
La commune doit accepter d’inhumer sur son terrain commun toute personne décédée sur son territoire, et toute personne domiciliée sur la commune, même décédée ailleurs, et peut librement accepter toute autre demande. L’inhumation des corps « non réclamés », et celle des personnes dépourvues de ressources suffisantes sont prévues. Être « dépourvu de ressources » est apprécié au cas par cas et c’est à la commune où le décès a eu lieu de prendre en charge les funérailles. L’inhumation est faite sur son terrain commun.
Les exhumations sont prévues. S’il est illégal de déterrer son amant(e) en catimini pour une dernière caresse, on peut être exhumé par la volonté de la famille pour nous déplacer ou bien la commune procède « à la reprise des sépultures en terrain commun à l’issue du délai de rotation ». Voilà, même mort, on peut se promener selon la volonté des uns et des autres, le tout prévu par la loi.
Un règlement national des pompes funèbres pour l’information commerciale aux familles est défini et obligatoire avec modèles de devis à respecter pour « faciliter les comparaisons ». Tout cela laisse entendre les excès pouvant exister. Ce que révèlent les précautions préconisées par l’Association française d’information funéraire (2).
Après lecture, l’enterrement en cercueil basique, en pleine terre, sans soin de conservation (polluant) ni monument nécessitant du ciment, dans le terrain commun, me donnera le plaisir d’être relevée cinq ans après, au moment de la rotation. Bonnard !
(1) https://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/files/dgcl_v2/CIL2/guide-collectivites-aout-2017.pdf
(2) https://www.afif.asso.fr/francais/conseils/conseil14.html
Pour mourir en Corrèze
« Pour l’organisation des obsèques de leurs proches, habitant la Corrèze, les familles peuvent faire appel à l’une des 77 pompes funèbres qui exercent dans le département. Pour cela, ils doivent prévoir un budget conséquent. Si la personne décédée n’a pas planifié ses obsèques de son vivant, la famille doit supporter toutes les charges. À part les services obligatoires tels que l’offre du cercueil, la mise en bière et le transfert du corps avec la mise à disposition du corbillard ; les autres prestations optionnelles définissent le coût final de l’organisation des obsèques. »
meilleures-pompes-funebres.com fait le topo. Sur le marché corrézien est à disposition la même diversité d’entrepreneurs qu’à l’échelle nationale. Vous trouverez Roc Eclerc, la Maison du deuil ; PFG, les Pompes funèbres générales ; et une kyrielle d’entreprises plus ou moins familiales et/ou anciennes, deux arguments « mortels » sur le marché du macchabée. Il est bien sûr maintenant possible aussi, pour ceux encore en vie, de donner un avis sur la prestation d’enterrement sur le site pompesfunebres.nosavis.com.
Pour ce qui est du tarif, il est effectivement extrêmement variable en fonction des prestations. J’ai fait une simulation pour vous, genre prestation moyenne pour un mec moyen : inhumation, c’est un minimum pour un maître composteur ; cercueil bon marché, c’est mon côté cheap ; petite cérémonie laïque pour marquer le coup ; une sépulture et une concession de cinquante ans pour obliger ma descendance à se souvenir de moi ; un soin du corps pour partir en beauté, trois ou quatre jours de chambre funéraire pour les éternels retardataires ; des fleurs parce que les bonbons, là, c’est trop tard, des faire-part pour le côté ringard pré-télécommunications, des avis dans la presse locale (hors « LTC ») pour faire style que ça compte pour la Corrèze et des remerciements pour la politesse. Le détail est dans le tableau.
Prestation
Prix
Inhumation
1 322,00 €
Cérémonie
383,00 €
Maître de cérémonie
131,00 €
Cercueil
553,00 €
Sépulture
606,00 €
Concession
437,00 €
Soin du corps
135,00 €
Chambre funéraire
402,00 €
Fleurs
80,00 €
Avis dans la presse
231,00 €
Faire-part
60,00 €
Remerciements
60,00 €
TOTAL
4 400,00 €
Souvenirs de funérailles
Je suis au bistrot de pays à Monceaux-sur-Dorgone, « chez Maryse ». Elle se souvient bien des enterrements des années soixante, soixante-dix. Son père et son grand-père étaient menuisiers. Elle raconte comment toute petite elle comprenait : « lorsqu’je voyais, de loin, deux personnes d’un village, bien habillées, arriver au café, je savais que quelqu’un était mort ».
Et ils sont deux, ce jour là, à me parler de ce temps où les menuisiers faisaient les cercueils.
Avant, principalement, on mourrait à la maison. Et si la mort nous prenait ailleurs, de toutes façons, le corps était ramené à la maison et la famille était entourée des voisins.
Ceux-ci allaient à la mairie pour déclarer le décès, voir le curé pour prévoir l’heure de la cérémonie, le menuisier pour le cercueil, le fossoyeur pour le transport du cercueil et la tombe. « Ils avaient commission d’aller voir tout le monde ».
La famille sortait le linge et la toilette du défunt était faite par des voisines. « Il n’y avait pas de manque de mains pour aider ». Chacun s’empressait. Le respect était de garder le corps dans son lit, et la mise en bière se faisait seulement quelques heures avant la cérémonie.
Le curé venait, s’il n’était pas déjà venu, à la demande de la famille. Il y avait des bougies et plusieurs nuits de veillée. Il se passait au moins trois, quatre jours avant l’enterrement. Durant ce temps, les voisins, les connaissances faisaient la visite au défunt. Le cercueil était apporté par le menuisier à la maison. Lors de la mise en bière, la famille mettait dans le fond du cercueil un drap plié. « Les moyens manquaient quelques fois, et mon père ou mon grand-père mettaient dans le fond de la sciure comme un matelas ».
Tout dépendait des moyens financiers puisque tout se payait : le cercueil, le fossoyeur, la messe avec les services religieux de « huitaine et quarantaine » qui suivaient, le corbillard.
Il pouvait y avoir des dettes de deuil qui duraient longtemps. « Mais je n’ai jamais entendu parler que ce ne fut pas payé ».
Maryse précise : « Moi je n’ai pas connu, mais avant le corbillard était une calèche tractée par un cheval ». « Moi, si », dit Albert « j’ai même porté la croix devant pour le fils de D. ». Le corbillard était communal, calèche jusqu’à la fin des années cinquante, puis véhicule à moteur. Le fossoyeur le prenait, et allait chercher le cercueil le jour de l’enterrement. Celui-ci était en général, le matin.
Pour un rituel religieux, les gens se retrouvaient à l’église puis accompagnaient le cercueil au cimetière. Une personne choisie par la famille portait la croix devant le cortège et quatre autres (des femmes pour le décès d’une femme, des hommes pour celui d’un homme) portaient le drap mortuaire, un grand carré noir souvent en velours, avec des cordons cousus aux coins, derrière le corbillard. Le drap mortuaire recouvrait le cercueil lors de la cérémonie religieuse. Il faut se rappeler aussi qu’à cette époque, le plus souvent il n’y avait pas de fleurs.
Lorsque l’enterrement était civil, les gens allaient directement au cimetière. Là, il pouvait y avoir des paroles pour rappeler la vie du défunt, le témoignage d’anciens combattants quand c’était le cas avant l’inhumation.
Le fossoyeur préparait les tombes : il fallait définir la hauteur de la tombe, savoir faire tenir les parois en « banchant », puis faire la maçonnerie demandée.
Pour les cercueils : ils étaient faits à la demande, avec des planches de chêne ou de châtaignier qu’on avait en stock, mais certains les fournissaient. Cela se construisait comme un meuble, manuellement, et c’était tout « bouveté ». Ce n’était pas collé. Un habitant avait fait faire « en avance » son cercueil et celui de sa mère. Il avait demandé et eu l’autorisation d’être enterré dans son jardin. « Les deux cercueils ont été stockés dans sa grange, dans laquelle on jouait. On jouait à côté des cercueils recouverts ! ».
« J’ai vu arriver les premiers cercueils préfabriqués. Eux étaient collés. Mon pére en a acheté et en a eu en stock, trois ou quatre. Puis, tout est devenu très compliqué avec l’arrivée des Pompes Funèbres privées, la complexité de la législation. Mon père s’est arrêté en 90 ».
Un décès dans un village, ou dans le bourg, c’était du monde qui donnait la main, qui se rassemblait, qui se recueillait. Maintenant, il y a moins de monde dans « nos beaux villages ». On meurt moins souvent à la maison, et le corps est vite placé au funérarium.







