
(Textuel, 2019)
Par OURS NOIR
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Le traitement accordé par les forces de police aux gilets jaunes a révélé au grand public les méthodes répressives de l’État français, réservées jusqu’à il n’y a pas si longtemps, et sauf exception, à certaines catégories de la population.
Vanessa Codaccioni explique que l’État nie le caractère politique des actes manifestants, et a fortiori du militantisme illégaliste. Il tend à anormaliser et criminaliser l’activisme oppositionnel, donc à le dépolitiser. Cette dépolitisation lui permet en écho, non seulement de délégitimer ces actions, en les présentant comme délictueuses, criminelles, voire terroristes, mais aussi de nier le caractère lui-même politique de sa répression. Cette dépolitisation, qui est historique, se particularise aujourd’hui par « son caractère total », écrit l’autrice, au moyen de divers subterfuges.
Par ailleurs, la répression de l’activisme oppositionnel est désormais largement imprégnée des logiques de la lutte antiterroriste qui « contamine l’ensemble des régimes punitifs des régimes démocratiques et tend à la généralisation de ses logiques et à la dissémination de ses dispositifs. » Elle « affecte alors les modalités de la gestion de l’activisme oppositionnel par l’État, cette dernière visant non pas tant à punir par les procès et donc à juger, qu’à « empêcher » de militer ». On assiste donc à « l’affaiblissement de la logique punitive réactive au profit d’une répression de plus en plus préventive et la mobilisation de dispositifs antiterroristes contre des militants et militantes » écrit l’autrice. Selon elle, il faut en particulier « réaffirmer le caractère politique tant de la répression que des gestes militants ». Car l’objectif de cette répression étatique semble être l’annihilation de toute contestation politique.
Cette volonté de dépolitisation des actes militants confine à un certain totalitarisme, reflet du néo-libéralisme autoritaire appliqué, gouvernement après gouvernement, de plus en plus durement1. Aujourd’hui, c’est le progressisme en marche. Le contraste avec ce qu’il se passe à Hong Kong, où l’usage inhabituel du gaz lacrymogène et du canon à eau scandalise, révèle la dérive sécuritaire à l’œuvre en France.
Une courte mais saine lecture.
1 – Lire par exemple Michaël Fœssel, État de vigilance – Critique de la banalité sécuritaire [Le Bord de l’eau, 2010], Seuil, 2016.
Vanessa Codaccioni




