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La Trousse Corrézienne

LTC 26, Société · 6 septembre 2019

Que reste-t-il des gilets jaunes ?

Nous l’avons toutes et tous constaté : le mouvement s’est essoufflé. C’était prévisible. Le gouvernement a joué la montre, y compris en organisant au cours de l’hiver 2019 un grand débat dont il ne reste pas grand-chose. L’occupation des ronds-points a en outre été interdite et la lutte s’est peu à peu étiolée, au point de devenir presque invisible. Pour autant, la médiatisation dont a fait l’objet cette vague contestataire a quelque part ravivé les cœurs de toutes celles et ceux qui se questionnent aujourd’hui sur le monde tel qu’il va, droit dans le mur.

Et puis quoi ? Rien, ou presque. Le choix demeure pour le plus grand nombre entre chômage contraint ou choisi et travail de plus en plus précaire. C’est là que tout se joue, sur le marché de l’emploi, où le rapport de forces est actuellement largement à l’avantage de la classe dirigeante qui, sous couvert d’austérité nécessaire, atomise l’assurance-chômage en même temps qu’elle flexibilise et précarise l’emploi.

Je suis donc allé à Tulle à la rencontre de Paula1, à qui j’ai posé quelques questions pour tenter de mieux comprendre.

LTC : Qu’est-ce qui t’a amenée à participer au mouvement des Gilets Jaunes ?

Paula : À un moment, je me suis dit qu’il se passait quelque chose, que je ne pouvais pas rester en dehors et que je devais donner de l’énergie pour ça. Je sentais que je souhaitais m’inscrire dans ce mouvement. Une manière aussi de ne pas le snober.

LTC : Qu’est-ce que tu as trouvé dans ce mouvement ? Que penses-tu lui avoir apporté ?

Paula : C’était des moments très excitants, de désobéissance, de rêve. Le sentiment qu’on peut aller aussi loin que l’on veut avec des gens très différents. Une aventure humaine très riche au contact direct du vivant et de l’humain, où tout peut être transcendé. Sur mon rond-point, j’ai apporté ma joie, mon dynamisme et ma détermination dans les actions. J’ai aussi, de par mon engagement, apporté de la réflexion politique et de l’organisation, pendant un peu plus d’un mois, avec une très forte implication.

LTC : Que s’est-il donc passé au bout d’un mois ? Tu t’es moins impliquée ? Pourquoi ?

Paula : Je ne me suis plus du tout impliquée car même si ce mouvement était prioritaire à mes yeux, j’ai été rattrapée par ma vie personnelle. Le temps que je m’occupe de mes petites affaires, le mouvement s’était essoufflé et j’avais l’impression de l’avoir abandonné, ce qui m’a donné une impression d’illégitimité : je n’ai plus réussi à y retourner.

LTC : Pourquoi à ton avis le mouvement s’est-il essoufflé ?

Paula : Avant tout, nous avons perdu le rond-point. Ce n’est donc pas tant le mouvement qui s’est essoufflé que la perte de cet endroit symbolique qui a cassé le sentiment d’appartenance. Le durcissement de la répression a clairsemé les rangs. Nous étions donc moins nombreux et en perte de motivation.

LTC : Qu’est-ce qui, selon toi, a manqué à ce collectif pour tenir le coup et faire face à cette situation ?

Paula : Rien. C’est ce pouvoir bâtard qui en étant capable d’une telle violence gratuite en est responsable.

LTC : C’était pourtant un mouvement de lutte contre un adversaire dont les objectifs politiques sont clairement différents, non ?

Paula : Non, je pense que c’était un mouvement de réappropriation et de reprise en main de nos droits, de nos devoirs, de notre environnement, de nos choix de vie, etc.

LTC : Il semble qu’à travers tout le pays cette prise de conscience ait en effet eu lieu : les pouvoirs en place répriment violemment tout mouvement démocratique créateur pour continuer à mettre en place leur politique dont on voit bien qu’elle abîme la société. Que faire alors pour faire entendre nos revendications ?

Paula : Il faut que chacun se sente vraiment acteur à part entière de la réussite d’un possible changement et d’une évolution positive de la société. À travers sa consommation ou son comportement éventuellement désobéissant, et même avec des fins de mois difficiles, on peut réfléchir à ce que l’on achète par exemple. Il ne faut pas rester isolé : il est possible de participer à des collectif associatifs ou de lutte ou syndicaux, et de le faire aux côtés d’autres qui sont sur le même chemin.

1 Le prénom a été changé.

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